Douance et surdouement : est-ce un don d'être surdoué ?
Un don ?
Au terme "douance", le Gappesm préfère celui de "surefficience mentale" car, d'une part, nul ne sait vraiment s'il s'agit d'un don (on ignore la part exacte d'héritabilité) et, d'autre part, la personne "douée" peut très bien n'être douée en rien.
La douance, comme le mot "doué", étymologiquement, suggère l'origine d'une aptitude exceptionnelle par un "don de la nature", et en fait donc un caractère inné.
Pour l'instant, la recherche scientifique est absolument incapable de déterminer un gène de la surefficience, malgré le terme fréquemment utilisé de facteur g, signifiant Intelligence globale (?) et qui signifie en fait "facteur inconnu" ! (1)(2) Il s'agirait d'une capacité générale à penser et à résoudre des problèmes dans un laps de temps limité.
Mais le terme de "facteur" induit l'idée d'une entité saisissable, ou calculable, et donc évaluable en elle-même, indépendamment du reste. D'où la confusion récurrente avec… un gène (qui est identifiable et se transmet en dehors du contexte culturel) !
Bref : en réalité, on n'a absolument aucune idée de ce qui est transmissible, ni comment, ni même de ce qui serait transmis.
Le terme doué suggère en plus des capacités spécifiques.
Surdoué est aussi très mal adapté. Les enfants "surdoués" sont alors laissés à l'abandon, voire niés, car s'ils sont surdoués, comment expliquer ce fort taux d'échec scolaire, par exemple ? Être surdoué, c'est bien être TRÈS doué, très très doué ? Donc, un gamin doué ou surdoué est quelqu'un qui réussit très bien, très bien dans un domaine au moins, et/ou très bien à l'école. Point.
Ce terme fait aussi que beaucoup de thérapeutes nient le problème → être doué ou surdoué ne peut être un problème !
À l'inverse : si tu n'es bon en rien, tu ne peux être doué ! Et les tests sont de la foutaise.
(Il paraît que X est surdoué, ça prouve bien que ces tests de QI sont des conneries : phrase entendue en salle des profs)
Surdouement ?
Dans la population, l'image du surefficient n'est pas forcément très positive… On a tendance à penser que le malheureux "surdoué" s'attribue délibérément ce qualificatif, et se croit supérieur. Enseignants et camarades risquent de prendre son ennui pour du mépris, ses errements pour du "foutage de gueule", ses échecs pour de la fainéantise, et ses déceptions pour de la mégalomanie. Qu'il s'isole dans la cour et on ira lui reprocher de ne pas vouloir cotoyer ses petits camarades… Adulte, on prendra ses difficultés sociales et/ou relationnelles éventuelles pour du mépris, encore. Et on va lui jeter à la figure qu'il n'est pas si "surdoué" que ça, pas autant qu'il croit, puisqu'il n'arrive pas à établir des relations amicales
(Ainsi me répondit J. B. à une argumentation qu'il n'avait pas comprise : " Vous êtes certainement très intelligente, mais vous tenez des raisonnements bizarres. Votre surdouement vous encombre certainement car il ne vous donne pas d'aptitudes aux relations harmonieuses avec les autres"… Bien entendu, je n'ai jamais prétendu être intelligente, ni surdouée, ni employé ces mots dans notre communication… Disons que ça m'a fait les pieds et que je ne cherche plus à lui expliquer certaines choses. Je me tais : ce qu'il pourra prendre pour de la hauteur. Mais le site du Gappesm ne s'appelle PAS http://surdoues-info.ifrance.com/, lui)
Notons que certains auteurs de livres ou de sites ne font rien pour arranger les choses!
Citons, par exemple, pour ne parler que des sites internet, les titres de douance.be ou "Charly Val,enfant surdoué" qui vient de disparaître, (et heureusement pour ce malheureux gosse, persécuté par ses camarades, qu'on voyait encravaté sur une photo), ou enfants-surdoues.be…
OR : 50 % seulement des personnes surefficientes ont le Bac (contre 70 à 80 % environ pour le reste de la population) et il semble que 30 % des personnes surefficientes mentales aient de réels problèmes : marginalisation, chômage, dépression…
Décalage
N'importe quelle personne non obtuse peut comprendre qu'un décalage avec le reste d'une population peut engendrer des problèmes.
Par exemple : tu dis quelque chose, et 20 personnes te regardent en ricanant. Pourtant, tu sais (croyais savoir) que ta réponse était la bonne. Dans ces conditions, se penser "fou", ou "paranoïaque" (Ils ont tous tort. Moi seul ait raison ?… Mon dieu, je suis parano !), voire le devenir apparaissent comme les seules alternatives, si on est confiant dans les autres, et peu sûr(e) de soi !
Ce problème de décalage est largement compris si c'est dans le sens inverse → personne ne doutera qu'un Qi de 70 (2 % de la population ?) ne permette pas facilement d'être en phase avec son entourage ! Un Qi de 130 (id.) nuît tout autant, voire plus. Car si des personnes dans la moyenne doivent encore comprendre ce que dit la personne dotée d'un QI de 70, elles ne le peuvent pas forcément dans l'autre sens !!
CQFD.
Ne pas oublier qu'il existe des personnes surefficientes mentales bien dans leur peau. Un gros QI n'est pas forcément à l'origine de problèmes psychologiques; mais, comme pour une personne déficiente mentale, c'est loin d'être un atout, et ça peut aggraver une situation…
Problème supplémentaire si on est en thérapie : pas facile d'être en phase dans ce domaine avec son psy ! Et le terme "surdoué", même "doué" n'arrange rien si la personne en face - psy - a des problèmes de frustration ou prépare une thèse sur la mégalomanie (voir plus haut).
En ce sens non plus, la surefficience n'est donc pas un "don" !
Jouons sur les mots → la "douance" n'existe pas; la surefficience mentale, si ( au même titre que la déficience mentale).
Lauranne
Références
(1) L'intelligence unique : un facteur G (obtenu par l'analyse factorielle) ou un autre élément (obtenu par d'autres méthodes statistiques) correspond à une intelligence globale. in Mensa Youth Fondation.
(2) Tout se passe comme si la réussite à une tâche donnée était conditionnée par une aptitude générale que l'on appelle le facteur G et une aptitude spécifique à chaque tâche particulière que l'on appelle primaire. Isabelle SAMYN , In Enseignement et recherche en psychopathologie.