Les troubles d'apprentissage des enfants dits surdoués
Extrait du dossier consacré aux troubles d’apprentissage sous le titre Les troubles d’apprentissage chez l’enfant, un problème de santé publique?, Revue ADSP (Actualité et Dossier en Santé Publique) n° 26, Mars 1999, p. 34 ; revue trimestrielle du Haut Comité de la Santé Publique.
L'intégralité du dossier est téléchargeable (format PDF) sur le site du HCSP en cliquant ici
Porteurs de troubles associés aux troubles d'apprentissage scolaires,
les enfants dits " surdoués " (ou " enfants
précoces " ou intellectuellement précoces, ou
enfants à " haut potentiel " car un certain
nombre d'entre eux vont vers l'échec scolaire) ont un niveau
intellectuel (évalué aux tests psychométriques)
avec un QI supérieur ou égal à 130, avec une prévalence
supérieure de garçons que de filles quel que soit le niveau
socio-économique (ce point parmi d'autres soulève la question
d'un biais statistique introduit par le fait qu'il y aurait beaucoup
plus de parents qui s'inquiètent pour l'avenir de leur fils que
de celui de leur fille et donc plus de garçons que de filles
seraient amenés à être testés). Plutôt
que de parler de surdoués ou de précoces, on devrait parler
d'enfants aux " aptitudes hautement performantes "
(AHP). L'aptitude est définie comme un dispositif naturel, c'est-à-dire
antérieurement à un exercice, un apprentissage ou une
éducation, qui se manifeste par une capacité. On estime
à 400 000 le nombre d'enfants surdoués en France en âge
de scolarité (de 6 à 16 ans), soit 4 % de la population,
mais seuls 3 à 5 % d'entre eux seraient détectés.
Si l'entourage ne les aide pas parce qu'ils n'ont pas été
repérés en tant qu'enfants possédant un haut potentiel
intellectuel précoce, avec des aptitudes particulières
excellentes en langage, une rapidité de la compréhension,
une excellente mémoire (aussi bien à court terme qu'à
long terme) et des aptitudes visuo-spatiales et à la résolution
de problèmes, ils développent alors des mécanismes
d'échec scolaire avec une valeur significative de " réaction ".
Ces enfants présentent souvent des troubles du comportement, tels que l'instabilité, l'inhibition, l'isolement, des troubles du caractère, ou de la personnalité, avec une certaine asociabilité, une immaturité affective et un aspect anxieux. Des troubles instrumentaux peuvent apparaître tels que la dysgraphie, un trouble de la coordination motrice, une hyperactivité, etc. Ils déroutent, s'intéressent précocement à différents domaines des sciences de la vie et de la terre ; ils dérangent, ils ont le goût du défi et s'ennuient vite en classe, recherchant la compagnie des grandes personnes et éprouvent souvent des difficultés face à l'effort.
Selon l'étude relatée dans Le Quotidien du Médecin du 22 février 1999, menée auprès de 145 surdoués, et suivis sur une période de 10 à 20 ans, il apparaît que ces enfants ont suivi un cursus scolaire chaotique : 40 % d'entre eux ont atteint ou dépassé le niveau Bac + 2 ; 9 % se sont arrêtés au Bac, et 43 % n'ont décroché qu'un BEP ou un CAP (1).
Ce naufrage scolaire peut être aussi accompagné
d'un échec dans la vie sociale et affective. Ceci est le résultat
d'une non identification des aptitudes précoces de l'enfant qui
se manifeste par des symptômes, voire des dysfonctionnements neuropsychologiques.
Le milieu environnant, que ce soit l'école, l'entourage ou la
famille, peut avoir un impact important sur une certaine vulnérabilité
existante au niveau du cerveau de ces enfants. En effet, ces derniers
peuvent " hypertrophier " dès leur plus jeune âge
des zones ou fonctions du cerveau (au détriment d'autres zones
qui sont pourtant dans une période " sensible " du
développement), par le renforcement d'indices positifs ou négatifs
issus de l'environnement qui ne tiendrait pas compte d'un maintien homéostasique
du développement des différentes fonctions (mentales,
instrumentales, affectives). Ainsi, ces enfants apparaissent d'une sensibilité
psychoaffective extrême, d'autant plus accentuée que l'importance
de la discordance entre la maturité intellectuelle et affective
est grande, d'où la nécessité de favoriser une
prise en charge adaptée. Cependant, il n'existe encore en France
que deux structures adaptées pour l'épanouissement de
ces enfants dits surdoués.
Alors que dans d'autres pays, des classes spéciales ont été
créées.
Laurence Vaivre-Douret, Professeure, Docteure en psychologie,
neuropsychologue du développement et psychomotricienne, Groupe
Hospitalier Cochin et Inserm U483, Paris
Anne Turz
© HCSP 2004
(1) Faute d'une prise en charge
adaptée, beaucoup de surdoués échouent dans leur
cursus scolaire comme le montre une étude menée auprès
de 145 surdoués anciens élèves de l'Institut Beaulieu
à Paris. Suivis sur une période de dix à vingt
ans, ces jeunes adultes ayant un QI supérieur à 130 ont
connu des parcours assez chaotiques. 40 % seulement d'entre eux ont
atteint ou dépassé le niveau Bac+2, 9 % se sont arrêtés
au bac et 43 % n'ont décroché qu'un BEP ou un CAP. Soit
des résultats se situant 8 points au dessous de la moyenne nationale.
Le
Quotidien du Médecin, 22 février 1999