La peine
Pour PascalS'étire sur son lit de chien quelque chose entre le néant
Rampe et déchire la main qui dégrafe les visages
La peine se veut discours muet pour soi tout seul
Et la honte
Parce que la peine est si petite
Et si grande
Poussière de larme noyée sur le sable
Le sable scarifié par les pattes de la tortue qui va mourir
Et ses milliers d'enfants morts
Stade irréversible et nécessaire comme une porte crevée
La peine ne se relit pas
La peine brise les amarres et la frégate rigole
L'oiseau de feu aux ailes brisées comme s'il s'enflammait sur les lits de pétrole
Ô la peine qui brûle !
Qui noie
La flamme pétrifiée fleurs perfides
Et mains ventouses qu'il faut déclouer de sa peau.
La peine se parle.
L'ami peut venir à toi.
Mais la peine s'aveugle
Fiel et mâts brisés sur les bateaux fantômes
La
ronce griffue qui déchire les yeux et rides les curs
Ourle la sente de ses fruits malades
Ami, la peine ne te fait pas peur
Je garde pour toi sous les draps mouillés de rien l'asile de nuit pour les extrêmes solitudes
Le ventre à l'air comme un poisson mort
Que l'ami ne touche pas
Mais caresse du regard
Ami,
J'ai les mots qui changent de voix
Et les souffles qui respirent
Si la peine ne te fait pas peur
Ne te dégoûte pas
Derrière le corps cheval mort elle tire les mauvaises ficelles
Temps de repos l'âme en dévotion
Laisser pour une fois rouler la pluie sur les cils
Rider l'eau
La pierre de cocagne aux si beaux trous
Ricochets attention à l'ami sous la volée
Celui-là connaît la pierre et le sable sec
Comme les orages sourds et les piteuses noyades
Ami,
Si la peine ne te fait pas peur.
Lauranne
Souillac, le 03 août 2003