GAPPESM
Groupement Associatif Pour les Personnes Encombrées de Surefficience Mentale

L'intelligence est-elle héréditaire ?

L'intelligence est-elle héréditaire ? Une petite fille demande à son père : “Papa, quand je suis venue au monde, qui m’a donné mon intelligence?” “C’est sûrement ta mère, de répondre le père, car moi, j’ai encore la mienne…”

Schématiquement, les variations des scores de Qi dans une population donnée peuvent s'expliquer par l'environnement ( au sens large : de l'éducation aux maladies subies par le fœtus, et autres troubles du développement ! ) d'une part, et part les gènes ( mais lesquels ? ) d'autre part...
Que l'environnement joue un rôle, l'étude des enfants « sauvages », comme celles menées auprès des populations défavorisées, et la réussite, bien que parfois relative, des programmes visant à compenser un handicap social ( ou même seulement nutritionnel ! ) permettent d'entre être certain actuellement.

  • Les gènes
  • L'environnement

     

    Le rôle des gènes ?

    Mais le rôle des gènes ? C'est ce qu'ont donné les études sur les jumeaux. Bien que certaines aient été truquées, il reste que les résultats des tests passés par de « vrais » jumeaux sont très proches, qu'ils soient ou non élevés par leurs parents biologiques, séparés ou non ! Les généticiens ont isolé ces 20 dernières années de nombreux gènes qui entraînent des retards mentaux, et d'autres aussi dont la mutation est responsable de grandes diminutions.

    Études des jumeaux : une multitude de gènes en jeu

    Selon Robert Plomin, qui étudie les jumeaux et a lancé une recherche sur les gènes depuis 1990, une multitude de gènes seraient en fait en jeu, peut-être des milliers, et qui produiraient alors l'éventail des variations de l'intelligence liées aux gènes. Les enfants qui ont passé les tests sont tous des jumeaux, et, tout au long de l'étude, les scores des jumeaux homozygotes ( de « vrais » jumeaux ) tendaient à être plus proches que ceux des jumeaux hétérozygotes ( de « faux » jumeaux ), qui eux-mêmes étaient plus similaires que ceux des enfants sans lien de parenté. Ces résultats – parmi d'autres – montrent que les gènes exercent une influence notable sur les résultats que les enfants obtiennent aux tests d'intelligence.
    Le psychiatre américain Philip Shaw a découvert que les différences de scores aux tests de Qi sont liées à la façon dont le cerveau de développe.
    L'étude de cerveaux adultes a montré également que les personnes qui ont plutôt des scores élevés dans les tests de Qi auraient des régions corticales plus épaisses que la moyenne. Si Shaw pense que ces différences sont dues en partie à l'environnement, on observerait souvent la même épaisseur chez les jumeaux, ce qui suggère que ces différences sont aussi en partie dirigées par les gènes.

    Une probabilité plus élevée d'avoir des enfants intelligents

    Ce qu'on peut empiriquement affirmer, cependant, c'est que si Noé et Samira, réputés comme « intelligents » ont des enfants, la probabilité pour qu'il y ait dans le lot des enfants « intelligents » est plus élevée que la moyenne du même milieu. Par contre, toutes ces personnes auront des QI différents et, surtout, des modes de cognition et des capacités différents !

    Les parents qui se retrouvent avec un enfant surefficient mental sur les bras en viennent souvent à se questionner, tant ils reconnaissent chez lui leur propre enfance. Et ceux qui décident alors de passer un test de Qi à leur tour ont toutes les chances de leur voir se confirmer une surefficience ! L'aptitude à obtenir un certain score aux tests de Qi paraît donc avoir à voir avec l'hérédité, même si on ne sait pas comment.

    Des intelligences comparables mais différentes

    De toute façon, Facteur g ou substances grise ou blanche du cerveau peuvent donner des intelligences différentes tout en étant comparables... Pour Wendy Johnson, psychologue américaine, il n'existe pas de modèle unique d'intelligence, et chaque personne se construit une intelligence générale qui lui est spécifique. Il sera alors très difficile de décrypter les rôles que jouent les gènes dans les différents types d'intelligence.
    Résumons : dans l'état actuel des connaissances, si Riri, Fifi et Loulou ont des scores comparables à une épreuve donnée, rien ne dit que c'est dû aux mêmes capacités. Riri a été plus vite pour comprendre l'intitulé, mais a dû faire le tri entre toutes les solutions qu'il a envisagées, Fifi a visualisé immédiatement le problème et a mis très longtemps pour résoudre les calculs nécessaires, et Loulou, plus lent, a enclenché tranquillement le bon raisonnement pour arriver, telle la tortue, dans les temps ! Et même si Riri, Fifi et Loulou sont des triplés homozygotes, il n'empêche qu'on n'a rien prouvé !! ( Ont-ils tous les trois le même processeur, ou seulement une base de données commune ? ou... rien ? )

     

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    Quel est le rôle de l'environnement ?

    Attention : le mot recouvre des situations différentes. Ce peut être le développement foetal, le contexte socio-culturel...

    L'environnement influe sur l'expression des gènes

    Eric Turkheimer, de l'Université de Virginie imagine une femme au canal pelvien étroit, ce qui générerait des acouchements difficiles, donc des souffrances de l'enfant à la naissance, surtout en manque d'oxygène. En conséquences, ses enfants ont en moyenne un QI un peu inférieur à celui des bébés des femmes dotées d'un gène "Canal pelvien large". Certains de ses enfants vont hériter du gène, et transmettre la probabilité d'un QI inférieur à leur descendance... Portant, ce n'est pas vraiment un gène lié au développement du cerveau ! De plus, un simple déménagement (plus proche d'un hopital efficace, par exemple) peut modifier la donne ! J'ajouterais que si la mode s'en mêle, les femmes au bassin étroit se feront plus facilement épouser par des hommes riches, leurs enfanst bénéficieront d'un environnement plus stimulant et... l'action du gène peut même en être inversé.
    Les gènes n'agissent pas indépendamment de l'environnement. Le même gène peut avoir différents effets dans différents environnements.
    Selon E. Turkheimerqui a étudié les scores de centaines de jumeaux, au final, la pauvreté serait associée à des contraintes environnementales si fortes qu'elle pourrait influer sur la cognition, au cours de la vie intra-utérine, à l'école, puis plus tard dans la vie. Plus le niveau socio-culturel s'élève, plus l'influence des gènes (liés à l'obtention d'un score élevé aux tests de QI) seraient sensible, plus leur contribution à la dispersion des scores des enfants aisés est visibles.

    Les scientifiques ont aussi découvert en 2007 que l'allaitement au sein avait une influence sur le QI, mais seulement chez les enfants porteurs d'une variante spécifique d'un gène. Celui-ci, donc, ne peut s'exprimer que s'il y a allaitement au sein.

    Les gènes influent sur l'environnement

    Enfin, puisque les gènes influent sur le comportement, ils influent sur les inter-relations, donc sur l'environnement. Et peuvent donc influer sur notre intelligence. Si Nicaise ne peut contrôler son agressivité, il est probable que des coups, des contentions ou une camisole chimique nuiront à son développement intellectuel. Mais si Fodé aime les mots, ses parents poètes vont le combler de livres et de CD, lui raconter tout plein d'histoires le soir, voire le traîner au café Slam. Sans doute, Fodé a de bonnes chances d'optimiser ainsi ses capacités verbales. Les parents s'adaptent au comportement de leur enfant. Ce dont ne tiennent pas compte les modèles psychologiques ! Les gènes peuvent nous pousser à façonner notre environnement intellectuel, et ceci est susceptible de modifier notre cerveau.

    Lauranne

     

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    Notes

    1. À la recherche de l'intelligence, Cerveau&Psycho n °34 - juil.- août 2009
    2. Défroquer les charlatans : le QI et l'hérédité, Jerry Hirsch. La Recherche n°283 - jan. 1996
    3. Intelligence et hérédité : un débat en cache un autre La Recherche n° 303 - nov. 1999

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