GAPPESM
Groupement Associatif Pour les Personnes Encombrées de Surefficience Mentale

L'intelligence humaine est-elle spécifique ?

L'Intelligence humaine est-elle spécifique ?

L'intelligence est un mot trop utilisé pour être sensé.Quand on a dit d'un homme qu'il était intelligent, on n'en sait pas plus sur lui qui passe au regard de quelques autres pour un fieffé imbécile. L'antonyme du mot est bêtise, ce qui est désobligeant pour les bêtes.
J-D. Vincent ("Voyage extraordinaire au centre du cerveau")

 

Est-ce que l'intelligence humaine est spéciale ?

  • La naissance de l'intelligence ( WilliamCalvin ) 1994 sur une autre page
  • Intelligence animale : peut-on dire d'un animal qu'il est intelligent ?
  • L'intelligence humaine serait avant tout sociale
  • Comment l'homme est-il devenu intelligent ?
  • L'intelligence humaine progresse-t-elle ? Les dernières recherches semblent attester que oui ( Effet Flynn ). Seul problème : c'est le quotient intellectuel (qi) qui augmente. Et les qualités mentales privilégiées par les tests de qi seraient très sensibles à la mode. ( FAQ QI )


  • Retour à la FAQ intelligence

    De l'intelligence animale

    Les animaux intelligents ont, par définition, un cerveau bien développé, sont capables de comportements innovants, ont une compréhension cohérente de leur environnement physique et vivent au sein de groupes sociaux complexes, où chaque individu a une certaine idée de ce qui se passe dans l'esprit de ses congénères. (1)

    Jusqu'à une époque récente, on pensait que l'intelligence était l'apanage des êtres humains, les animaux ne pouvant être guidés que par leurs « instincts ». Les ruses animales étaient tenues pour des comportements innés, préformés, ne mettant en œuvre aucune « intelligence ». Mais il faut se rendre à l'évidence : ce qui est l'apanage de l'intelligence humaine, ce n'est pas la ruse, pas l'analyse de situations ou la rapidité... Concevoir des outils spécifiques ? Non plus. Même une corneille sait faire ça ! Transmettre des connaissances acquises ? Bah... On sait que les singes le font (et mon chat aussi, na !). Le langage ? Deux psychologues de l'université du Nevada (États-Unis), R. Allen Gardner et Béatrice T. Gardner (1969, 1971, 1976), ont réussi à apprendre à un chimpanzé femelle, Washoe, la langue des sourds, Y American sign language (A.S.L.). (6)

    Les scientifiques qui s'intéressent à la cognition animale se sont surtout penchés sur les primates. Or, les corbeaux, en particulier, ont depuis longtemps la réputation de figurer parmi les animaux les plus intelligents. Des recherches récentes montrent que leurs performances peuvent être supérieures à celles des primates non humains. (2)
    Vidéo d'une corneille péchant dans un bocal...

    Ainsi, donc, si on constate que les corneilles et autres corvidés fabriquent des outils, on s'aperçoit maintenant qu'ils ont aussi une certaine connaissances des lois physiques fondamentales ! (3) Par exemple, un œuf qui vole les questionnent...

    intelligence humaine

    L'intelligence humaine serait avant tout sociale.

    Les hommes ne sont intelligents que parce qu'ils vivent en société. Les études d'enfants abandonnés et élevés par des animaux en témoignent (si on admet qu'il est possible à un humain de survivre seul à l'état sauvage, ce qui reste encore en débat ! Certains considèrent comme des escroqueries la plupart des cas d'enfants sauvages).
    Une équipe de l'institut Max Planck (Allemagne) a soumis en 2007 cent enfants de 2,5 ans, cent chimpanzés et trente orangs-outans à deux catégories de tests identiques. Les uns portaient sur la compréhension du monde physique - espace, quantités, causes mécaniques, usage d'outils -, les autres sur les aptitudes sociales - communication, apprentissage par imitation, théorie de l'esprit. De l'étude, il ressort que le propre de l'intelligence humaine serait sa nature sociale. (4)
    Si chimpanzés et enfants ont globalement fait jeu égal pour la compréhension du monde physique, les orangs-outangs étant en retraits, les enfants ont largement battu leurs cousins dans le domaine social.
    Cependant, dans cette expérience, les enfants surpassent aussi les singes dans les tests de compréhension du monde physique supposant l'induction de causes cachées. Cela plaiderait donc pour une intelligence humaine générale reposant sur une capacité tout aussi générale à concevoir des causes.
    Jacques Vauclair, de l'université de Provence, propose de faire passer ces tests à d'autres primates, gorilles, macaques, babouins, capucins : « On pourrait ainsi affiner nos connaissances sur les facultés cognitives des primates, ce qui éclairerait le problème crucial de la continuité ou de la discontinuité entre l'homme et les grands singes. »


    intelligence humaine

    Comment l'homme est-il devenu intelligent ?

     

    Comment l'intelligence de l'homme a-t-elle émergé ?

    Qu'est-ce qui nous distingue des grands singes sur le plan cognitif ? Ce vieux débat se ramène à la question de la nature même de l'intelligence. Deux thèses s'affrontent. D'une part, les tenants d'une intelligence « générale », dont l'homme serait supérieurement doté grâce à son gros cerveau. D'autre part, les partisans d'une multitude d'intelligences spécialisées, « adaptatives » : chaque espèce aurait développé des capacités cognitives particulières répondant à ses besoins.

    Plus prosaïquement : le développement spécifique du cerveau (et de l'intelligence ?) de l'Homme aurait été possible par de nombreuses adaptations successives. De plus, une fois engagé sur une certaine voie, l'Homme aurait accentué, modifié ou facilité certaines caractéristiques de part son comportement.

    Les débats sont toujours ouverts sur les conditions de l'émergence de cette intelligence spécifiquement humaine... En général, on reconnait actuellement que c'est grâce à la conjonction de plusieurs phénomènes, concomittants ou non.
    (5)La station debout, d'abord : elle libère les (futures) "mains" de l'Homme , qui peuvent alors bouger indépendamment de la locomotion. Les mains ont pu être utilisées pour communiquer, et aussi toucher, analyser, modifier l'environnement (on peut porter un objet à notre nez, notre bouche, nos yeux... on peut agir sur l'objet. Au début, juste en le déplaçant selon notre besoin...). Dans le même temps, la jonction crâne-colonne vertébrale en est modifiée, et le crâne peut, bêtement, devenir plus "gros/lourd" car il est alors mieux soutenu !! Certaines zones du cerveau ont donc pu s'étendre. Les individus à grosse tête pouvaient marcher (droit !) avec un crâne en équilibre et en appui sur le pilier de la colonne vertébrale alors que cette grosse tête aurait cloué au sol un quadupède.
    L'homme se distingue aussi (peut-être est-ce une des conséquences de la bipédie...) par une face très facilement visible, et visible en premier après la silhouette et les gestes, et des traits très mobiles, ce qui, ajouté à des possibilités phonatoires devenues plus étendues (de par le basculement du larynx, etc., parait-il) permet un langage très élaboré. (6)
    La communication de l'Homme peut alors jouer de combinatoires complexes : langage à base de sons, gestes parfois complexes et expressions faciales. Du coup, on peut concevoir que les éléments véhiculés ont pu être plus complexe : représentations, concepts, idées, puis... abstractions pures.
    On a pu dire que la "grosse" tête de l'humain a facilité sa prématurité, en association avec la bipédie (ben oui : avec la gravité, bébé tombe vers le bas !). Une tête trop grosse ne passant plus par le bassin, les enfants pas encore "finis", encore "petits" auraient donc aussi été privilégiés... Quitte à ce que le développement cérébral et cortical se poursuive ensuite dans l'enfance. Donc bébé descendant plus vite, il passe par le bassin sans rester coincé, et ça améliore les chances de survie de l'enfant et de la mère. CQFD. On peut imaginer que le cerveau continuant à se développer dans un milieu plus complexe (que le ventre de maman) a pu intégrer plus vite certaines modifications de cablages nécessaires, et en rapport directes avec le milieu. L'enfant est devenu plus intelligent.

    Parallèllement, l'Homme aurait joué un rôle actif dans cette sélection. Par exemple, son mode de vie et/ou sa culture ont pu pousser à l'élimination naturelle et progressive des individus incapables de se nourrir en fabriquant un outil, ou de se protéger en fabriquant une tente... ou de communiquer correctement ! Bref : seuls les individus les plus "humains" ont pu suivre les groupes d'humains, les autres.... ben... étaient condamnés de fait. Comme on l'a constaté empiriquement, un homme isolé ne développe pas les carctéristiques "humaines" : il ne parle pas, se déplace à 4 pattes, ne fabrique rien... Il est même la plupart du temps moins "humanisé" qu'un autre animal social comme le bonobo. Il communique au mieux comme le groupe qui l'a recueilli. Et pas mieux que les individus de ce groupe animal. S'il n'est pas recueilli, et donc s'il a au moins trois ou quatre ans (sinon, le bébé humain est inapte à survivre), il ne communiquera même pas ! Donc, en résumé, l'Homme serait devenu de plus en plus "humain" en vivant en société, un groupe d'humains renforçant de fait ses caractéristiques "humaines". (voir paragraphe ci-dessus). L'Homme serait donc devenu intelligent par sélection très progressive (y compris par lui-même) des individus dont les caractéristiques physiologiques permettaient son développement intellectuel (les individus vivant en dehors d'un groupe ne se reproduisant pas, en plus du fait qu'ils ont peu de chances de survie. ndlr).

    Pour certains éthologues, la complexité de la vie sociale aurait stimulé le développement de puissantes capacités cognitives. Vivre en société exigeant d'entretenir les relations les plus profitables et de décoder rapidemement une situation complexe, comme choisir ou non de secourir un allié attaqué, l'intelligence (donc une intelligence sociale) est privilégiée : ceux qui sont le mieux pourvus de ces capacités font les meilleurs choix et survivent.

    intelligence humaine

    Sommes-nous plus intelligents que les autres animaux, parce que nous avons les mêmes structures, plus développées ?

    Pour William Calvin, neurophysiologiste théorique à l’Université de Washington intelligence (9), notre intelligence est principalement née du perfectionnement de certaines fonctions cérébrales, comme le langage. Cette capacité aurait permis à l’homme de devenir beaucoup plus ingénieux et prévoyant que les grands singes. « Le langage est la principale caractéristique de l’intelligence humaine. Sans syntaxe, c’est-à-dire sans un arrangement ordonné des idées exprimées, nous serions à peine plus intelligents qu’un chimpanzé. »...

    intelligence humaine

    Notes

    1. Rusé comme un corbeau, Pour la Science N°324 - 2004 Retour
    2. D'autres éléments encore, sur ce site perso sympa : http://herveleblouch.free.fr/vev/index.php/Intelligence_des_corvid%C3%A9s Retour
    3. Le corbeau freux connaît - quelques - lois physiques, par J.L. Goudet, Futura-Sciences, oct. 2009 Retour
    4. L'intelligence humaine serait avant tout sociale, par Patrick Philippon, La Recherche N°413 – nov.2007 Retour
    5. L'anthropomorphisme en effet constitue une formule distincte de celle des singes, attestée par la seule famille anthropienne. Sa caracéristique fondamentale réside dans l'adaptation de la charpente corporelle à la marche en bipédie. André Leroi-Gourhan, in Le geste et la parole, 1964-1965
    6. Toute la première partie du volume consiste à montrer que le développement de l'espèce humaine ne commence pas par le cerveau mais par les pieds. Le développement du cerveau est corrélatif en effet à la station verticale qui a permis à la fois la libération de la main et la réduction de la voûte crânienne, deux termes de la même équation mécanique. Ce qui fait qu'il faut étudier simultanément le geste, expression du corps, et le langage, expression de la face.
      Roger Bastide, Annales Economies, Sociétés, Civilisations, Vol. 22, n°3, 1967, p.664-667
    7. La culture, source d'intelligence, par Carel Van Schaik, Pour la Science N°344 - juin 2006
    8. La naissance de l'intelligence, par William Calvin, Pour la Science N° 206, déc. 1994 Retour
    9. "Dictionnaire de psychologie", dirigé par Norbert Sillamy. Article "Intelligence animale" , 1980. Retour
    intelligence humaine

     

    Retour à la FAQ intelligence