GAPPESM
Groupement Associatif Pour les Personnes Encombrées de Surefficience Mentale

Je suis issu d'une famille banale mais je me sens très spécial...

Je suis issu d'une famille banale mais je me sens plutôt spécial.
Mon père a failli être prêtre : il a fait le séminaire, a étudié la théologie chrétienne. Son oncle, curé et limite inquisiteur l'y a obligé, comme il l'a obligé le reste de sa jeunesse à coup de paires de baffes : " L'éducation chrétienne... tendre l'autre joue " qu'ils disaient.
Mon père, sentant que ce n'était pas sa voie, s'est enfui, a coupé les ponts avec sa famille pour venir s'installer dans la région de l'autre coté des montagnes, totalement démuni. Il a fait parti des Compagnons d'Emmaüs de l'Abbé Pierre avant de rencontrer ma mère lors d'une grève de l'entreprise où ils travaillaient tous les deux.
Ma mère de son coté sortait d'une période compliquée, un premier mari alcoolique et deux enfants issus de ce mariage placés chez leurs grands-mères après le divorce. Ma mère se retrouvant seule décida d'avoir un autre enfant ne pouvant supporter la séparation d'avec les deux premiers.
Née d'un père inconnu, ma seconde grande soeur, ne fit la connaissance du reste de la famille qu'un peu plus tard lorsque ma mère réussi à récupérer la garde de ses deux autres enfants.

Après leur rencontre, je suis né, en janvier 1976, et mon petit frère, le 31 décembre de l'année suivante.
Sur ce, nous avons vécu, 5 enfants et mes parents, une vie difficile mais plutôt normale.
Mais malgré pas mal d'histoire de famille, on est encore 4 aujourd'hui.
Les 3 autres, mes deux sœurs et mon petit frère sont pour ainsi dire sur les rails d'une vie normale. Moi, je me tourmente avec tout un tas de questions à la con sans vouloir me mettre en couple comme eux le font, en restant dans la norme de la société.

J'ai peur de mes propres réactions face à une séparation d'avec une femme que j'aimerais plus qu'elle ne m'aime, un peu comme mon grand frère qui s'est suicidé à cause de la sienne et pour rajouter à l'angoisse, je n'aime pas mon métier mais le fait uniquement pour survivre et me nourrir tout en conservant une certaine dignité dans l'emploi de ce qui me reste de mon intelligence après être passé par les affres de la multi-toxicomanie, seule à avoir réussi en des temps restreints et ponctuels à calmer mon esprit agité.
Je n'ai jamais aimé le sport parce que je trouve cela stupide de courir et s'épuiser dans le vide sans qu'il ne jaillisse de l'effort quelque chose de constructif. Et pourtant, très jeune, mes parents ont essayé de m'inculquer le sens de l'effort ; mais j'avais l'impression d'un éternel recommencement et de ne jamais avancer, jamais rien y gagner. À la maison, on m'inculquait qu'il fallait travailler pour vivre, et à l'école, travailler pour gagner de l'argent et ne pas me faire bouffer par les autres, ou plutôt les manger avant qu'ils ne me mangent.
Jusqu'à mes 16 ans où j'ai découvert le sens du travail en équipe grâce à des professeurs d'un lycée professionnel. Je faisais des études pour être fraiseur-tourneur. J'ai obtenu un BEP et un CAP dans ce domaine, mais j'ai galéré en apprenant la vie et ses vices en compagnies d'une bande de jeunes immigrés issus des cités, quartiers HLM et le langage qui va avec. Pour moi le verlan en est presque arrivé à un statut de langue vivante. Une trace indélébile, une étiquette sur le dos quasi irrémédiable de jeune voyou à casquette...

Mon père, l'année de ma naissance, changea de travail pour gagner plus d'argent et, pour l'époque, avec de bien meilleurs avantages sociaux qu'à l'heure actuelel. Il montait des machines à coudre dans un premier temps puis, là, décida d'essayer la chimie : à l'époque, beaucoup plus d'avantages et 30% de salaire en plus que dans la mécanique.

Pour ma part, après mes études de fraiseur-tourneur, voyant ce métier difficile et avec encore une fois l'impression qu'on me prendrait pour un con toute ma vie si je restais à faire des pièces à la chaîne, j'ai décidé de faire un CAP dans la chimie, pour être conducteur des appareillages de l'industrie chimique. J'ai réussi avec beaucoup de mal, à cause de cette étiquette qui me collait à la peau de jeune doué mais glandeur, vulgaire, petit jeune à casquette, voyou d'une cité où je n'ai jamais mis les pieds (j'ai toujours vécu dans une ville en banlieue bourgeoise..) et comme mon formateur, ingénieur n'appréciait pas mes traits de caractère et mes jeux de mots, il m'a recalé au premier passage de mon exam. J'ai été repêché finalement après quelques embrouilles, mais, au terme de mon contrat de qualification, je n'ai pas obtenu l'emploi dans la société (la même que là où bossait déjà mon père ndlr). On m'a donc gentiment licencié (fin de contrat c'est plus simple).
J'aurais dû faire l'armée ; mais finalement je n'y suis pas allé, jugé P3 par le psy : " Cas insociable, introverti ".
J'ai donc trouvé un emploi comme fraiseur sur commande numérique, finalement pas si mal. Je travaillais dur physiquement et mentalement et ce fut plaisant un moment, le temps que je ne réfléchisse pas trop a ce que je faisais.
Mais l'odeur du lubrifiant de la machine, et le bruit, la saleté, j'en ai eu plus qu'assez.
Peu payé, et en dernier lieu, un accident : je me suis cassé un doigt, fracture ouverte. Moi qui voulais être bon musicien ! Une plaque d'acier de 130kg a glissé. J'ai voulu la rattraper. Heureusement, j'avais mes gants en cuir comme protection, sinon je perdais un doigt dans cette affaire. J'ai tellement eu peur, et tellement eu la haine, que je ne suis pas retourné dans cette boite après l'accident.

Je suis reparti dans la chimie : j'ai repostulé dans l'entreprise ou mon père travaille et ils m'ont embauché. J'ai fais pendant 3 ans un certain produit, plutot nocif mais autant dire du chocolat comparé au reste de ce que produit cette usine, et comme je ne m'entendais pas avec mon chef (comme avec tous mes chefs et l'autorité en général d'ailleurs), ils ont fini par me muter pour le démarrage d'une nouvelle unité. Certes cela ressembla dans un premier temps à une promotion ; mais, bien vite, en voyant la qualité des relations que nous avions avec notre nouvelle hiérarchie, plusieurs d'entre nous se sont rendus compte qu'il s'agissait bien plus d'une mutation disciplinaire, n'ayant que peu gagné dans l'affaire... Bref, une vie vraiment hors normes, niveau galère, mais somme toute banale si j'y regarde mieux.
Je crois bien que je m'emmerde dans cette vie.

Et maintenant ?? Je fais quoi?
Je ne me lamente pas sur mon sort, je cherche juste des réponses ou des solutions à tout ce merdier. Vous n'êtes sans doute pas capables de me les apporter, mais j'espère que j'ai quelque peu éclairci votre façon de penser avec mon récit.
Cela ne m'aidera sans doute que très peu, mais j'espère que cela vous fera avancer et aidera d'autres que moi...

J'ai conservé mes bulletins scolaires. Quand je les relis et que je vois de quelle façon j'ai essuyé, année après année, les coups de colère de mes profs au collège, je regrette de ne pas être plus méchant que ça. Je leur aurais fait payer ! Au lieu de cela, j'ai retourné cette méchanceté contre moi-même, et je me suis coulé, à chaque fois. A chaque fois que je prenais un coup, je me le remettais dans la gueule : je n'arriverais pas à vous dire combien de fois je me suis retrouvé à pleurer, étant gosse, dans mon lit en me demandant " pourquoi moi ?".
Et la seule réponse que je trouvais, c'est : " C'est de ma faute, uniquement de ma faute et ils ont raison, et je ne suis qu'un con, et je n'y arriverai jamais ", et le conseiller d'orientation qui me disait que j'ai un QI formidable mais que je suis trop paresseux, et la prof de math qui m'a mis 0,5/20 de moyenne dans un de mes bulletins de 4ème, et le blâme que j'ai eu en 6ème pour avoir commencé à fumer des clopes sous l'influence d'autres bien que je ne leur jette pas la faute, je suis responsable de mes actes, mais mes actes sont-ils punissables a ce point ...?

J'ai passé des tests psychotechniques à l'embauche dans une boite où je bossais, savez vous ce que m'a dit le DRH de l'époque? que j'avais de très grandes capacités mais aussi d'un défaut d'orientation et je n'ai jamais compris ce qu'il entendait par " défaut d'orientation " ni ce que cela voulait dire ; et il ne me l'a jamais expliqué clairement. Mais à la limite je m'en fous de ce qu'on peut me dire ou analyser de ma personne, ce que je préfererais savoir somme toute, c'est comment changer ; et pas de quelle sorte de pathologie je peux bien souffrir.

Aujourd'hui, je définis ma souffrance par mon passé : j'y entrevois les traits d'un personnage hyperactif qui n'a jamais su canaliser son énergie dans la bonne direction, parce que trop voyou sans doute, trop attiré par le coté "borderline" des choses me faisant remarquer dès le plus jeune âge que l'Education Nationale se foutait de ma gueule en me collant dans leurs prisons avant l'heure de rejoindre la prison "usine" et peut-être un jour finalement la vraie "prison" si je tombe au chômage et que je commence à magouiller pour manger.
Mon passé je n'en perçois plus que le coté négatif. J'ai énormément de mal à me souvenir des bons côtés de ce que j'ai vécu.
Peut-être n'étaient-il pas aussi convaincants à mon esprit que cette partie négative...

Bonne journée à vous.

Fred