GAPPESM
Groupement Associatif Pour les Personnes Encombrées de Surefficience Mentale

Éraimix en villégiature

Dans le forum Mensa, dans le fil (sujet) "Une petite poignée de fonctionnaires résiste encore et toujours...", Intervenante_4 avait tenté de décrédibiliser les intervenants qui brocardaient la stupidité du brûlot politique d'une andouille nommée Anne Honyme, relayée sans aucun discernement (RMI), qui se croyait très fine en attaquant tout ce qui émarge au budget de l'État, sauf ses petits copains riches. Intervenante_4 s'imaginait fort naïvement, à force de bourrage de crâne, que tous les patrons étaient forcément à droite, car le seul fait de créer une entreprise amène nécessairement à être aveuglé par la lumineuse évidence du génie économique des junglistes aux dents longues, escrocs intellectuels qui martèlent à longueur d'ondes que si on supprimait tout ce qui fait fonctionner l'État, ça marcherait mieux (hin, hin, hin...). Et elle nous défiait, certaine de nous faire taire :
"Que ceux qui fustigent les premiers propos de ce fil nous disent s'ils ont déjà essayé d'être PATRONS : c'est à dire s'ils ont déjà travaillé en INDEPENDANT, c'est à dire en travaillant tout seul, à son compte, en essayant d'être honnête, donc de bien déclarer leur chiffre d'affaires, c'est à dire travailler normalement tout seul.
Viennent ensuite ceux qui ont la témérité d'embaucher 1 ouvrier ou 1 secrétaire... juste 1 : c'est pas la mer à boire !".
Je lui ai donc répondu, le 23/06/2003 09:15, dans "Eraimix en villégiature" (si ce fil est encore visible sur le forum Mensa, figé au 24/06/2003 19:07) :

Intervenante_4 : Mauvaise pioche.

Après un passage, brillant mais avorté, comme guichetier Sécu, j'ai fait 10 ans d'industrie avec mon père autodidacte (CAP menuisier, dessineux, ingénieur du conservatoire AM en cours du soir) qui avait une petite boîte (de 4 à 15 selon l'époque) de construction de fours industriels (passionnant !), toujours au bord de la faillite (enfin, je veux dire, raccrochée au bord). J'avais déjà passé mon enfance entre l'attente passionnée de ma mère de l'agent payeur des allocs et l'anéantissement total, honteux et plus alcoolisé que d'hab de ma mère à chaque fois qu'un avis de vente de l'appart (acheté en 48) était placardé à la porte de l'immeuble. Je savais donc déjà que petit patron, c'est pas pareil que bourgeois. Nous allions au lycée, mais je rentrais manger at home le midi (à pied, pour gratter une carte de métro sur les 2), no cantine, trop chère, no colos, trop chères, livres toujours payés en retard, équipement sportif deux mois plus tard que tout le monde, ou passé par 2 frères en 9 ans, accompagner les copains, en vacances, à l'entrée du ciné et les attendre à la sortie, après se l'être pété à la Chateaubriand. "Et la blessure de durer, faut-il si profond qu'on la sente ?". J'étais bien seul, déjà, mais au moins ils ne m'insultaient pas. (Merde, je pleure pas trop souvent, en tapant, mais là, oui).

Entraîné vers la misère (avec 2 enfants, 13° dans la pièce la plus chaude) par l'inadaptation de mon père au Réel (excellent technicien, mais gestionnaire déplorable), j'ai dû le quitter. J'ai attaqué, sur pub, une formation en informatique à 10KF, mais les ASSEDIX ont refusé de prendre en charge, parce que ça valait rien, et m'ont payé (mon 2ème dépistage muet, après l'armée, P4) un vrai stage de 4 mois à 25KF (en 82, c'était pas rien). Et ne m'ont jamais revu.

Ayant réalisé, avant la "partition" un logiciel (sbasic, flex9 puis dos) de gestion et mandatement des allocations d'aide sociale (ASD,FNS,alloc de compensation, AAH, alloc compensatrice, allocs médicales, différentielle de droits acquis, loyer), installé dans toutes les DDASS, je devais en assurer la maintenance nationale. Mais, devant quitter l'IDF parce que le proprio vendait, et que les prix étaient impossibles (4KF, salaire 5KF), j'ai voulu le sud pour ma compagne, et ma boîte (où j'étais passé "analyste cadre") n'a pas voulu ouvrir une antenne.

J'ai donc créé ma 1ère SARL, sans capital (combine bancaire), en 85. J'étais encore plus con que now : je croyais qu'il suffisait de bien bosser pour être rétribué.
Style "vous, responsable financier, ne m'avez rien demandé, mais les utilisatrices de base ont signalé telle et telle imperfection et manque, fait telle suggestion, j'ai fait, ça marche. Je ne peux pas faire la maintenance de 36 versions buguées, alors, merci de l'installer. Étudiez ce qu'elle apporte au service, et à vot' bon cœur".

Avec une censure inédite du ministère (par un petit chef qui n'aimait pas ma compétence poussée sur le dossier; je l'avais fait désavouer par les spécialistes juridiques du ministère sur un point de droit évident car logique. Ce con, puisque "chef de projet" s'était pris pour l'auteur),
dans un climat de réduction de 10% par an des budgets, et avec la partition État/Département, ce genre de naïveté ne pardonne pas : les responsables gèrent les crédits peau de chagrin, pas la bonne marche du service, beaucoup s'en foutent, même si les allocataires touchent un mois plus tard... Je n'aime donc pas TOUS les fonctionnaires, mais la plupart de ceux de la base, avec qui je bossais, sont dévoués et pas si radins de leur temps qu'on le dit avec beaucoup de mépris, de bêtise, d'ignorance et d'égocentrisme (j'ai travaillé au téléphone avec un programmeur de DDASS un samedi soir à minuit, pendant 3 heures, pour que les allocataires, gens fragiles et pauvres pour qui un mois de retard serait une catastrophe, soient payés à temps. Bon, sa hiérarchie s'en foutait, de son dévouement, il était pas adapté non plus, plus que probable surefficient mental, ptet plus grave que moi encore, n'était sa psychose infantile suite à pédophilie, qui entravait son mental. Il s'est flingué. J'ai pas su l'empêcher, j'en pleure encore en tapant ça, et ça fait 10 ans. Et ça me fait mal de le voir traîner dans la boue par un torchon haineux et ignorant. C'est dégueulasse. Y a des millions de gens qui font tout leur possible pour assurer leurs missions dans des conditions difficiles, en y mettant tout leur cœur et leur âme, par amour des usagers au service de qui ils sont, et vous leur crachez à la gueule. C'est dégueulasse).

Donc, en 89, dépôt de bilan (2 mois d'attente éprouvante pendant la grève BDF, pour rembourser le banquier qui m'avait fait confiance, chuis réglo), dettes sociales, TVA 140KF, pffuittt ! C'est bien, le dépôt de bilan.

Ayant adapté mon logiciel au RMI (prêt à mandater le 15.12.88, on a préféré 3 mois de retard), et toujours doté d'une solide réputation dans les services (parlant de l'an 2000 en 83, on m'avait ri au nez : la durée de vie moyenne d'un logiciel était de 5 ans. 16 ans après, le mien tourne encore dans certaines DDASS, jamais remplacé. Euro prêt 2 ans avant, et modif an2000 pour ma pomme), je me suis inscrit en indépendant (grosse erreur !), et toujours aussi con. Gros trou, endettement, dépression (pour d'autres causes aussi, mais le surmenage n'aide pas, 40.000 h en 13 ans, record 392h en un mois, malgré les scènes de ménage), faillite. Et c'est pas le dépôt de bilan. Dossier sur-endettement refusé : "origine professionnelle". Le RMI protège bien (merci, Rocard), sauf des organismes de crédit.

Toujours persuadé d'avoir un marché et un outil hyper adapté et exceptionnel côté stats, j'ai mouillé mon fils, indépendant à son tour; on a juste fait sa paye et les frais (progrès !) . Puis une copine de mon fils; idem.

J'ai enfin réussi à monter, avec pour gérante une copine de ma fille, jeunette (au moins ça lui a fait une expérience, et, formée à mon école rigoureuse, elle réussit brillamment, en informatique; je n'aurai pas tout raté. Et elle, elle m'aime et m'estime, même si on lui avait fait croire, un temps, que j'étais fou), une seconde SARL (seconde, hein, pas 2ème, car pour moi, c'est fini à vie. Et ce n'est pas la faute des fonctionnaires, ni de la gauche, mais d'une complexité administrative non pensée, d'un âge pré-informatique).

Toujours sans capital déposé (au moins un talent). Ayant négocié une exportation des données de mon application vers un logiciel moderne fait par mon frère, j'ai dû passer (moi, j'étais toujours au RMI) par mon beau-frère ... qui m'a entubé. J'ai livré (chuis réglo), pourtant en profonde dépression (histoire de fou dans ma famille, viol psychique, explosion de la famille), puis me suis effondré pour de bon. J'avais mon compte.

J'ai mis un an (toujours à cause de l'histoire de fou, une actionnaire fictive stupide a tout mélangé, se mettant elle-même en danger) à déposer le bilan proprement (j'avais repris la gérance, personne n'a été atteint, chuis réglo), avec une casse modérée. Sauf 8 dents, flinguées en un an par une dent de sagesse de traviole, car je ne voulais pas prendre le risque, en cas d'accident d'anesthésie (extrêmement rare, mais je suis si habitué à ce que des trucs rarissimes m'arrivent...), de laisser gérante et actionnaires dans la merde, si, par bonheur, j'y restais; (d'ailleurs, au réveil, j'ai pleuré ma mère de me réveiller. Jamais eu de bol, moi. Mourir sans culpabilité, sans autre souffrance pour l'entourage qu'un simple deuil, quel pied ! Et pas de Zanel sur le forum ! Ce con qui voulait partir, qu'on a retenu par la manche et la culotte, et qui s'est laissé piéger par un chantage affectif).

Je n'ai pas repris le travail depuis 99, j'ai juste réussi à me reconstruire, à monter une bécane moderne et à me connecter.

Après avoir été un des meilleurs spécialistes administraticiens du RMI, j'ai expérimenté l'autre face de la médaille, le parcours de combattant du rmiste à la dérive. Et c'est pas triste. Je pense être désormais le meilleur spécialiste administraticien du RMI (et ça me fait une belle jambe. Dommage : que de réformes simples et rentables !). Quand la droite dure est arrivée au pouvoir, grâce à nos voix de gauche, avec la haine anti-pauvres qui s'exprime dans le post initial, sachant ce qu'elle allait faire du RMI, j'ai obtempéré à ce que voulaient les gestionnaires de mon dossier, trop long (c'est vrai, quoâ, la dépression, ça devrait être moins long !), et présenté un dossier COTOREP. Après avoir géré l'AAH, je teste en vrai (et ça, ça marche bien). Je suis un professionnel décidément très méticuleux. Dommage que ça serve à rien.

Voilà. J'ai été long, mais précis (certains détails très technique, comme la liste des allocs ou le code de réforme de l'armée, ne peuvent intéresser, éventuellement, que ceux qui les comprennent. Ça peut leur permettre de mieux situer mon propos. Donc, je précise pas à chaque fois que je donne des détails qui n'intéressent pas tout le monde. Car s'il fallait qu'on n'écrive que des choses compréhensibles par tous, le forum serait bien moins long à charger...)

Je pense avoir répondu à ton "Que ceux qui fustigent les premiers propos de ce fil nous disent s'ils ont déjà essayé d'être PATRONS : c'est à dire s'ils ont déjà travaillé en INDEPENDANT, c'est à dire en travaillant tout seul, à son compte, en essayant d'être honnête, donc de bien déclarer leur chiffre d'affaires, c'est à dire travailler normalement tout seul.
Viennent ensuite ceux qui ont la témérité d'embaucher 1 ouvrier ou 1 secrétaire... juste 1 : c'est pas la mer à boire !".

Ah oui, j'ai oublié de préciser que j'avais eu une programmeuse-gérante, puis une secrétaire et une programmeuse, plus un programmeur brièvement.

Et un souvenir étrange me revient, la grève chez mon père. A l'atelier, jour et partie de nuit, à taper sur la tôle comme des malades, le père, le fils, le beau-frère, et chaipuqui. Les autres, au bord de l'Oise. Et je jouais, moi, ex simili-gauchiste fils de patron, le médiateur entre ouvriers en grève (pas de paye paske pas de pognon paske pas de production), inspecteur du travail (retards de paye, locaux vétustes et dangereux, absence de documents, etc, la totale), et patron, dont l'extrême maladresse (hérédité, quand tu nous tiens...) passait pour du mépris, au bord du suicide (parce que quand il rentrait à la maison, il en prenait encore une dose, et une bonne).

Chacun solidement campé dans sa logique, droit dans ses bottes, incapable de sortir de sa réalité pour visiter celle de l'Autre. Et moi, je passais de l'une à l'autre plus aisément que Pwyll de l'irlandais de Dublin au bas breton du second tiers du 9ème siècle. Comme un poisson dans l'eau, un communiste ex-ouvrier avec les ouvriers, un ex-guichetier sécu de gauche avec un inspecteur du travail de gauche, un fils de patron cruellement conscient des réalités industrielles avec un créateur d'entreprise autodidacte payant les nécessaires coûteuses machines de la souffrance de sa famille, de la terrifiante et interminable dépression de sa compagne (jusqu'à la retraite, vers 70 ans, car il avait heureusement toujours été obligé de payer les lourdes cotisations de l'AGIRC. Et le fisc n'a pas tout pris, j'ai un frère habile. 40 ans de dépression, qui dit mieux ? Et j'ai pris le relais, mais en plus bref, et sans alcool, c'est ptet ce qui m'a sauvé).

L'inspecteur n'a pas sanctionné, le patron a présenté, quoique de façon implicite, ses excuses, la grève a cessé, l'entreprise s'en est sortie, la paye est rentrée. Je sais faire. J'avais 28 ans. Et je n'ai été dépisté que 15 ans plus tard...

Zanel