GAPPESM
Groupement Associatif Pour les Personnes Encombrées de Surefficience Mentale

La Grenouille, le bœuf… et l'âne

Sur le forum de Mensa, une jeune Grenouille exprimait ses réticences et craintes par rapport aux tests, comme on tâte la température de l'eau de mer du bout de l'orteil. J'ai eu envie de lui montrer l'importance des tests, à quel point ils avaient chamboulé ma vie de fond en comble. Et de lui conseiller de ne pas traîner : les passer à 28 ans plutôt qu'à 43, et faire l'économie de 15 ans de brouillard, j'aurais bien aimé. Ça aurait évité au "vilain petit canard" de se prendre pour un cygne et de se faire tirer comme un pigeon.

Homme, 51 ans (1 fils surnaturel de 32 ans, 1 fille naturelle de 24 ans), en instance de prononcer guérison d'une dépression de 14 ans (dont 9 mois au bord, dont 6 fois limite). A 37 ans, tests par pur hasard sur revue professionnelle (Soft et Micro, n°4). "Je suis comme tout le monde, normal, quoi, à peine plus con que la moyenne, disons 98. Voyons cela...". Pas cru le résultat, cherché bug dans listing. Pas de bug. Stupéfaction cosmique, bouleversement, désorientation, refus.

Reprise de vie "normale". Mais moins dans le brouillard : "c'était donc ça ! C'est ça que les autres voyaient ! C'est pour ça qu'ils me trouvent bizarre, moi qui suis comme tout le monde, normal, quoi ! Et c'est pour ça qu'avec Sylvie, ça pouvait pas, et que Dédé a réagi comme ça, et que ce prof m'a frappé, et que, et que..."). Mais plus angoissé de solitude éternelle, "car rejoindre un club de gens qui se croient intelligents parce qu'ils alignent des dominos plus vite que les autres, merci. Surtout que c'est bourré de surdoués, et moi, je suis sous doué, mon seul don est de tout rater depuis toujours, et d'être si mal dans ma peau, bien plus que la plupart des autres. Quand on a, paraît-il (mmmmouais..., c'est plutôt normal, pour un informaticien, de réussir des tests de logique, non ?), de telles capacités, et qu'on obtient des résultats aussi calamiteux, on doit être plus con que la moyenne, non ? Au moins, pas au point de se croire intelligent, ouf !").

Innocence ("tu sais pas ce qui m'arrive ! Figure-toi que quand j'ai reçu mon Soft et micro,..."), coups dans la gueule, insultes, incompréhension, méfiance, mutisme, désespoir.

Poursuite de la lutte anti-raciste à l'intérieur même de la FCPE, moulins à vent, rejet, renoncement, désespoir, danger.

"Avant d'aller chez un psy (avant qu'il ne soit trop tard) pour comprendre ce qui ne va vraiment pas (ma manman alcolo, sans doute), vérifions quand même que ces tests d'il y a 7 ans étaient bien de la connerie, et que je ne suis pas admissible, et que donc, mon blem ne peut pas venir là"... "Merde, raté ! Je suis admis. Ben, merde, alors..."
Espoir fou (ne pas être rejeté comme un monstre ou regardé comme un extra-terrestre, parler sans avoir à traduire, se sentir normal, quoi, comme tout le monde ! Apprendre, enfin rencontrer des gens qui peuvent m'enseigner au lieu que j'aie à apprendre d'eux, comprendre, agir), rencontre (gentils, mais normaux), stupéfaction de rencontrer même blem qu'à FCPE avec racistes (dans même indifférence générale, même inconscience pré21Avrilienne), détresse absolue, effondrement professionnel (faillite, rmi), 2 mois de brouillard au lit, danger imminent, psy (chanalyste, spécialiste enfants "précoces", indiqué par un m's béni à tout jamais).

"Vous voyez bien que c'est pas ça, mon blem, puisque je les ai trouvés comme les autres, et même échec !"

(Pas de tests, juste en causant, assis, 45mn la séance, à crédit sans tarif et sans délai ) "Au moins 140, à la semaine prochaine". "Eeeeeh ben, de mieux en mieux ! et d'où que je vais trouver des potes, moi, hein, d'où ? Sniff"

"Au moins 150, à la semaine prochaine" "Mais c'est pas possible ! Ça me place à la limite de la courbe de Gauss de Soft et Micro ! Z'êtes sûr ? Mais c'est épouvantable ! Vous m'ôtez tout espoir, je suis condamné à la solitude éternelle ! Comment faire pour supporter ce choc supplémentaire, dans l'état où je suis ? Hein ? Au secours ! Sniiiiiiiiiiiiff"

"Au moins 158 ou 159, à la semaine prochaine" "Quoi ? Mais vous êtes fou ! Faudrait ptet arrêter la fumette, non ? Déjà, vous me faites prolonger la courbe de Gauss de Soft et Micro par une ligne, ça ne me plaît pas du tout. Ensuite, c'est quoi, ces comptes d'apothicaire sans tests concrets ? Ah, c'est la limite des tests disponibles ici ? Et d'où qu'on doit aller pour mesurer exactement, hein ? À New-York, four sigma (au moins, ptet y a pas de racistes, chez eux) ? Pour ce que j'en ai à foutre, de mon QI, comme vous des tests ! Mais j'ai le droit de savoir, non ? Parce que, si c'est 165, je peux essayer de faire avec, peut-être, mais je garantis rien, je me bats toutes les nuits, et je suis sceptique; mais avec un peu de temps pour digérer, ptet. Mais si c'est 190 (on n'en est plus à un délire près, hein ? Quand je suis arrivé chez vous, j'étais à 132, alors plus rien ne m'étonne !), c'est NON, je tiendrai pas".

"158 ou 159 ... à 16 ans si vous aviez passé les tests. À un de ces jours" "C'est-à-dire que tout ce que j'ai appris et compris en 27 ans, 4 couples et 42 métiers, aggravera encore le résultat inconnaissable ? Ça devient de la SF, votre histoire ! Mais dites-moi, si ce que vous me dites est vrai (et permettez-moi, sans mettre en doute votre compétence dans ce domaine, de ne pas prendre pour argent content, sans l'ombre d'un test concret, votre seule parole. Jurez-moi que vous ne picolez pas !) et sincère (vous seriez pas en train de me mener en bateau rien que pour démythifier ce QI dont j'avais rien à cirer avant qu'il ne me tombe sur le coin de la gueule, et que je trouvais idéologiquement très suspect. Élite, mon cul ! Long nez, ou grosse bite, ou gros QI, ce ne sont que des caractéristiques anthropométriques, ça fait pas une valeur humaine, la preuve, y a quelques racistes à Mensa, pas déclarés certes, mais ils ont quand même passé les tests, alors, on ne peut à l'évidence lier l'intelligence au QI. Parce que, me mener en bateau, ça serait pas charitable de votre part, vous êtes ma dernière bouée. Et vous risqueriez d'être responsable de ce que nous essayons d'éviter), dites-moi, si j'ai de telles capacités, je devrais quand même être capable, justement, d'en faire quelque chose, non ? Moi qui, à 12 ans, voulais être journaliste ou président de la république, pour réussir ma vie, c'est-à-dire que le monde soit un peu moins pourri quand j'en partirai que quand j'y suis arrivé. Je pourrais peut-être me sentir moins impuissant, agir ? Déjà, me battre pour que d'autres enfants atteints de cette infirmité ne passent pas, comme moi, 30 ans de leur vie dans le brouillard, la solitude, le rejet, la souffrance hallucinante sans savoir. Ça me réparerait un peu moi-même, d'éviter cette horreur à d'autres, la cicatrisation par procuration. Bon, après tout, solitude éternelle, j'ai compris, j'étais déjà habitué, rien de bien nouveau, juste un peu dur à digérer, colique et chiasse, mais, bon. Mais si je peux être utile, je peux survivre. Réussir ma vie, ça serait donc possible ? Eh, ben, ça, c'est une nouvelle, et une bonne, enfin ! Je cours, je vais déjà commencer par rédiger un article pour qu'à Mensa, on comprenne que le racisme est antinomique à l'intelligence, et qu'on respecte les statuts qui parlent d'un but humaniste, ce que ne peut poursuivre un raciste (pas envie de, tous sourires, serrer la main d'un nazi, sans le savoir). Après, on verra. Merci, à bientôt".

[...] "Allô, j'espère que je ne vous réveille pas... Ça fait 7 heures que j'attends l'aube pour vous appeler. Je suis très inquiet, j'ai bien peur de délirer. Voilà : on est en janvier, Balladur va être élu dans un fauteuil, Pasqua à Matignon, avec Le Pen qui se profile derrière, et de probables alliances nauséabondes. J'ai pas réussi, en tapant à plein de portes (on m'a pris pour un doux illuminé), à contacter Martine Aubry pour la convaincre qu'elle était la seule chance d'éviter ça. Et à 2 heures cette nuit, je me suis dit : "et pourquoi tu n'irais pas toi-même ?". Je me suis répondu : "T'es pas louf, non ? Tu devrais réduire la fumette". "Oui, ptet, mais n'empêche. Si tu avais une chance d'empêcher ça, 1 seule sur 10 milliards, aurais-tu le droit de ne pas la tenter, sous l'unique prétexte que tu te prends pour une merde incapable ? Tu as des capacités que tu n'avais jamais soupçonnées, 30 ans de passion géopolitique et politique, une réelle capacité d'analyse et de synthèse, des solutions à proposer, une vision d'avenir, un idéal mais aussi un réalisme froid, une sincérité totale, une extraction populaire, un verbe puissant, et pas qu'en argot, une force de persuasion certaine, malgré tes échecs répétés (tu tapais sans doute pas aux bonnes portes), bla-bla..." "Cause toujours, tu m'intéresses. Bien sûr que si j'avais une chance d'empêcher ça, je n'aurais pas le droit de ne pas la tenter. Mais c'est du délire pur et simple, attends que le psy soit réveillé, tu verras. Et pose cette pipe ! Ça te réussit pas, mon pauvre !" Voilà pourquoi je vous appelle si tôt."

"Bon, puisque vous dites que je ne délire pas, je suis bien obligé de vous faire confiance, puisque seuls les autres semblent voir ce que je suis. Soit. Mais faites-moi un papier certifiant que je ne suis pas fou. Comment ça, c'est le meilleur moyen de passer pour un fou ? Et qu'est-ce que je vais leur dire, alors ? Pardon ? Que je suis candidat à mon efficacité ? Ça va les faire bien rigoler ! Putain de devoir philosophique !"

On m'a pris pour un fou, ce qui ne m'a pas surpris, puisque j'avais été le premier à le croire. Évidemment, ma démarche n'a apparemment rien donné (sauf possible surprise quand j'aurai la réponse à une question très précise concernant la lutte interne au RPR. Si quelqu'un connaît bien cette histoire, je suis preneur pour lui poser ma question). Et c'est soulagé, et pas trop meurtri, que j'ai refermé le dossier le jour de clôture du dépôt des 500 signatures (puisque j'en avais 0 !). J'avais tenté cette fumeuse chance moralement contraignante, et, contrairement aux tests Mensa, je n'avais pas raté mon échec. Conscience tranquille, retour à la vie normale, à cette programmation que j'avais réussie à reprendre.

Sauf que ma compagne de l'époque, la mère de mes enfants, ex-étudiante infirmière psy, s'est mise à appeler des psys. Et que pour la rassurer, je l'ai emmené chez le psychiatre pour qu'il lui explique, puisque moi, j'y arrivais pas. Et que je suis tombé sur un con ("je vois ce que c'est, vous vous croyez supérieur à tout le monde"). Et que j'ai traversé le couloir de l'hosto pour en voir un autre, gentil : "Docteur, mon compagnon est atteint d'une psychose maniaco-dépressive"."Madame, on ne dit plus psychose maniaco-dépressive, mais trouble bipolaire de l'humeur, mais ne vous inquiétez pas, en 2 ans ça se traite très bien. Monsieur, il n'y a rien d'humiliant, vous savez, de très grands hommes, comme Hemingway et tant d'autres, en étaient atteints."

"Ainsi donc, mon psy m'a raconté n'importe quoi, avec son 158 ou 159 ? C'est bien ce que je pensais ! Quel abruti ! Heureusement qu'au fond de moi, j'ai jamais vraiment réussi à le croire, sans avoir les moyens de le contredire. Et quel bouffon je suis, d'avoir entrepris cette démarche grotesque uniquement parce que je ne pouvais pas avoir la certitude, autre que ma conviction intime, d'en être incapable ! Il m'a foutu dans la merde. Je ne délirais pas, puisque je l'ai appelé pour vérifier que cette funeste idée nocturne était bien un délire. Mais, à cause de lui et de sa réponse négative, je passe pour un grand délirant. Bon, fin du gag, je peux revenir sur terre, continuer à bosser, et essayer de trouver ma place dans ce monde de fous. Pas besoin de ce traitement, puisque je ne délirais pas".

Mais va-t-en arrêter un cerveau surefficient emballé ! "Allô, mon toubib chéri ! Écoute, je fais de la tachypsychie, ça me fatigue, ça marche à 5000 à l'heure, ma compagne est angoissée un max, après tout le psychiatre a ptet raison, il doit savoir de quoi il cause (eh, 10 ans d'études !), Donne-moi quelque chose qui me calme et qui la rassure ! Haldol, anti-psychotique, 15 gouttes par jour ? Ok ! Mon psy dit qu'il ne faut pas, que ça ressemble trop à alcool, mais je ne l'écoute plus, il m'a assez foutu dans la merde"

[...] "Allô, mon toubib chéri, au secours ! Avec la saloperie que tu m'as prescrite il y a 3 jours, je perds mes idées au milieu de mes phrases ! Arrête-moi ça tout de suite, c'est intolérable ! Quoi ! Réduire d'une goutte par jour, sinon danger ? Tu veux dire que je vais devoir subir ça encore 15 jours ? Mais si, bien sûr, je vais faire comme tu dis, je suis un patient discipliné, non ? J'ai jamais prétendu avoir une quelconque compétence médicale ou psychiatrique, que je sache ? Bon ! Mais avoue que c'est raide ! Et oriente-moi vers un psychiatre humain, qui soit capable d'écouter mon histoire avant de sortir son carnet d'ordonnances, pour pouvoir poser, enfin, un diagnostic sérieux, scientifique, objectif et crédible, quel qu'il soit ! Et me donner un traitement vraiment adapté à mon cas !"

Dans ma quête hallucinée, j'ai vu 6 psychiatres, je crois, et je me suis cru fou pendant 6 mois (c'est interminable), dans l'attente d'une consultation à Lille, à 800 km de chez moi (vers Avignon), chez un professeur de psychiatrie, chef de service infanto-juvénile, qui m'avait invité (lors d'une émission de Dechavanne où je jouais, et pas à ma demande, le surefficient raté de service) à venir dans son service passer un test de QI, car ne pas savoir si mon psy était un grand délirant ou pas, ne pas savoir de combien était ma fièvre, ça m'aidait pas du tout. Du coup, comme entre temps je me suis cru fou, rien à foutre du test, pitié, professeur, donnez-moi une consultation !

Fin du calvaire. Il m'a pleinement rassuré sur le fond : "On peut vous qualifier de zozo, mais pas de psychotique". Pas plus délirant que Chirac ou Jospin, mais dépourvu de toute habilité sociale. Mais sans se prononcer sur un éventuel état pathologique au moment du projet. Bon, pas trop grave. L'état émotionnel et l'emballement cérébral spectaculaires étaient attribuables à la confusion induite par la réponse imprudente de mon psy (validée au passage, mais que ne m'a-t-il dit : "Non, vous ne délirez pas, mais la chose n'est pas possible, car personne ne vous connaît" ? Hein ? Que ne m'a-t-il ?)

Fin du calvaire ? Que je croyais ! Car à la maison, on savait mieux que quiconque... Pas besoin d'appeler ce professeur pour savoir, pas plus que mon généraliste chéri, avec lequel on était pourtant bien copine, avant qu'il ne retourne sa veste et déclare que je n'étais pas atteint du trouble hâtivement diagnostiqué par les spécialistes au début du calvaire. Tous des bouffons. Elle, elle savait.

Encore 2 ans d'horreur. J'ai compris il y a peu, en entendant une émission sur les personnalités manipulatrices, que j'avais été victime de cette pathologie. Ces gens sont très habiles à exploiter les faiblesses de leurs victimes, et je n'en manquais pas. Et ils sont très persuasifs. Tous nos amis m'ont cru fou. Toute sa famille (où j'étais depuis 23 ans). Et la mienne aussi. 10 mois après mon père, ma mère est morte en me croyant fou. (Tiens, j'arrive enfin à écrire ça sans pleurer ! Ah, merde, non). Et nos enfants.

Encore un psychiatre, pour qu'il lui explique (oui, encore !). Mais un psychiatre qui n'a aucune connaissance des caractéristiques de la surefficience mentale, en plus manipulé par la compagne du "patient", et cruellement dépourvu d'imagination, ça ne peut que ranger les cas dans les boîtes qu'il connaît, aux forceps si besoin est.

5 nuits après la mort de ma mère, quand j'ai compris que ça ne changerait jamais, et, qu'ayant fait ce constat sans appel, il ne me restait probablement que quelques heures à vivre, je me suis fait violence, j'ai réussi à me décider. A son réveil, j'ai annoncé mon départ. Le soir, j'étais parti.

Sauvé ? Oh que non ! 9 mois d'enfer, à flirter avec la camarde comme jamais auparavant. Pourquoi s'infliger cette souffrance insensée ? Pourquoi traîner encore cette loque sanguinolente que j'étais devenu, et qui n'aspirait, à chaque seconde de chaque minute de chaque heure de chaque jour de chaque semaine de chacun de ces 9 mois, de chacun de ses neurones en insurrection, qu'au repos ? Par devoir. Par amour. Par devoir d'amour. J'avais une fille de 20 ans, déchirée depuis 5 ans par le drame parental qui avait fait exploser sa famille jusque là tranquille. Son père "fou" (alors que, depuis toujours, il avait représenté l'alpha et l'oméga du savoir, de la sagesse, de la liberté, du courage), en voie de clochardisation, c'était déjà trop dur pour ses frêles épaules. Mais ce père suicidé, à cause, entre autres mais centralement, du fait qu'elle le croyait fou et que leur conflit était insoluble, ça aurait été source d'une culpabilité éternelle, et elle l'aurait peut-être, dans l'état où elle était aussi, suivi; en tout cas, son aptitude au bonheur en eût été, probablement, irrémédiablement saccagée. Je n'avais pas le droit.

Interdit de suicide, c'est original, non ? Condamné à vie. Les condamnés à mort le sont par autrui, alors qu'ils veulent vivre. Moi, j'ai été condamné à vie par moi-même, alors que je voulais mourir. La vie est farce, parfois, lol !

J'ai tenu, en partie grâce à l'écriture ("La mort au tripes", de Ducon, bien sûr jamais paru, jamais proposé à un éditeur. Ne peut intéresser, à mon avis, que les psychiatres, et d'éventuels condamnés à vie qui voudraient des combines).

Mais surtout grâce à un pianiste (rencontré aussi à cette émission de télé, où il m'avait abordé spontanément, enthousiaste) qui a, semble-t-il, vu quelque chose de grand en moi, jusqu'à me dire que je jouais blanc, que j'avais la note bleue. Moi qui ne connais rien à la musique, sauf la passion que j'en ai, j'ai fait des recherches, et appris que c'était pas rien, que personne, pas même Chopin, n'avait eu la note bleue depuis ... Mozart. Une paille ! Lui aussi, faudrait qu'il arrête la fumette. (Mais c'est perturbant, si quelqu'un en sait plus, surtout concernant un non musicien, sachant que j'ai fracassé ma guitare il y a 24 ans, merci...). Je lui ai écrit, il m'a répondu, en m'appelant son ami. Ma lettre de noblesse. Elle trône, collée à une porte, sous mes yeux en permanence. Si ma maison brûlait, ce n'est pas pour sauver mon disque dur que je me précipiterais dans les flammes. Quand ça n'allait vraiment pas, je la relisais, plusieurs fois, toujours aussi stupéfait, m'arrêtant à chaque mot, sans avoir jamais pu comprendre comment ça pouvait m'être destiné, à moi, Ducon. J'en buvais l'encre comme un vampire. Et ce qu'il me fallait de force pour supporter la seconde suivante, et celle d'après, revenait peu à peu.

J'ai tenu. Après cette épreuve ordalique, je ne craindrai plus jamais rien ni personne. Sauf que ça recommence (une vraie terreur).

Quelques épisodes plus loin, mon ancienne compagne m'informe d'une conversation téléphonique qu'elle avait eu, à l'époque de mon projet grotesque, avec une des 4 personnes qui ne m'avaient pas cru fou, mon ancien aumônier, qui me connaissait depuis l'enfance, mon premier père spirituel. Rien que ça. D'où il ressortait (par déduction, je n'ai encore pu vérifier la déformation des propos par la personnalité manipulatrice qui me les rapportait...) qu'il avait feint ne pas me croire fou, pour ne pas me contrarier, mais n'en pensait pas moins.

Et rebelote ! Puisque je m'étais appuyé sur cette référence pour me rassurer quant à ma santé mentale, et que le diagnostic d'expert n'avait été porté, après tout, que d'après mes dires, alors, ils avaient tous raison, j'étais fou ! Quel soulagement ! J'allais pouvoir faire la paix, retrouver l'harmonie avec les miens et tout leur amour, me soigner gentiment, avec, en prime, l'espoir d'un soulagement par la chimie et le secours des psychiatres ! Le bonheur.

7ème psychiatre. "Pas de pathologie". Allons bon, je me suis encore trompé ! Mais bon, c'est quand même plutôt une bonne nouvelle, ils seront tous obligés de se rendre à son avis. Séance suivante : "Pas de pathologie apparente" (manipulé entre-temps ? Je ne sais). Merde, faudrait savoir. Je parviens à traîner chez lui la mère de mes enfants. Pourquoi a-t-elle toujours refusé de demander des comptes au professeur de Lille, pourquoi n'est-il pas crédible ? "Parce que zozo n'est pas un terme de psychiatrie". Sic. "Bon, d'accord, pas de trouble bipolaire de l'humeur. Mais, au moins, trouble de la personnalité, alors ?". Sic. Affaire conclue. Bon, moi, dit comme ça, ça me paraissait pas bien méchant. Que ma personnalité soit troublée, c'était pas un scoop. L'important était qu'elle soit contrainte de reconnaître, enfin, que le diagnostic initial de trouble bipolaire de l'humeur, qu'elle avait elle-même posé, auquel elle s'était accrochée comme une teigne, et dont j'avais failli mourir, était erroné. Je n'y connais rien, mais ça me fait penser au syndrome de Münchausen par procuration.

Séance suivante (seul) : "Trouble de la personnalité, ça ne veut rien dire, c'est pas une catégorie psychiatrique, quand même ?" "Mais si !" "Ah bon ! Et c'est quoi ?" "Vous ne vous imaginez tout de même pas que je vais vous faire un cours de psychiatrie !". Il ne m'a jamais revu. Et ce n'est que 3 mois plus tard, sur le Net enfin accessible, que j'ai trouvé les explications. Tout seul, sans compétence aucune, étude. Je me classe dans telle catégorie, tant beaucoup de ses symptômes me correspondent. Mais en vérifiant les autres, pour bien les écarter, cette autre, pourtant opposée, correspond tout aussi bien. Ou plutôt, non, tiens, celle là... J'avais besoin d'un psychiatre ! Gag ! Mais le seul à qui je puisse faire confiance était à 800 km, je n'avais pas l'argent du voyage, et je n'aurais pas de rendez-vous avant 4 mois. Tant pis ! Après tout, la seule chose qui comptait, c'était qu'il n'y ait jamais eu de délire.

J'ai laissé tomber, et continué ma reconstruction, tout seul.

Un jour, je me connecte à Mensa, dont je m'étais enfui depuis longtemps, pour rechercher un texte d'Arielle Adda illustrant les immenses difficultés des couples mixtes (surefficient mental/personne d'efficience mentale normale) et leur quasi-impossibilité (quand la différence de potentiel est trop importante), et pourquoi je m'apprêtais à me séparer de ma 5ème compagne (oui, j'ai pas tout raconté, c'était pas mon propos; comme, par exemple, que pendant ces 6 ans, en plus de mon père et de ma mère, j'ai perdu mon petit-fils de 10 jours, une amante de jeunesse, et 2 amis suicidés. Ça aurait alourdi le récit, non ?). Et je tombe sur les forums. Et je m'y jette, saisi, de nouveau, d'un espoir fou, me délectant de ce pétillement où je me sens chez moi. Las! Je n'avais pas lu 3 sujets que je tombe sur des propos douteux, dont j'ai compris plus tard, en faisant des recherches, qu'ils n'étaient pas douteux, mais racistes, et d'un m's. Bon ! Rien de bien nouveau sous le soleil, si ce n'est la large diffusion publique d'écrits tombant sous le coup de la loi. Bon ! Je ne réintégrerai donc pas Mensa-France. Dommage, mais de toute façon, ce n'était pas prévu au programme.

Et puis, il y a 14 heures, je tombe sur les affres de notre petite grenouille, que je comprends trop bien. Et j'ai tant à lui répondre, pour essayer de lui éviter, non pas des années de souffrance, mais des années inutilement perdues de souffrance inutile, pour elle et son entourage.

Je sauvegarde au format texte, j'enlève les posts des autres intervenants, je repère les passages auxquels je veux répondre, je les déplace, les classe par catégorie, les déclasse, les redéplace sans fin, tout comme ferait Grenouille. Et me trouve devant un amas de lambeaux éparpillés auxquels il va falloir répondre un par un, alors que j'ai du boulot. Alors, je renonce aux citations, et je commence une réponse globale. Qui n'en est pas une. Juste (!) mon parcours.

Pour qu'elle comprenne qu'à faire l'autruche, on risque d'étouffer, le cul à l'air. Qu'elle sache que l'évitement ne peut apporter ni l'oubli, ni la sérénité. Que plus on tarde à s'informer sur sa réelle situation, plus on aggrave le passif, plus on aura du mal à remonter la pente, plus on se met en danger, surtout... (Sans Mensa, je serais mort, et sans savoir pourquoi). Et moins on peut apporter autour de soi, plus on risque d'être injuste avec des gens qui ne comprennent pas des choses évidentes que "même moi, j'ai compris !".

Que le QI ne mesure que la bêtise, pas la connerie, et que ça n'a aucun rapport avec l'intelligence (qui, selon moi, est le rapport entre les capacités d'une personne, quel qu'en soit le niveau, et leur exploitation effective : petits moyens, bien utilisés = plus d'intelligence que grands moyens gaspillés). Moins on est bête, plus on risque d'être con, parce qu'on devrait avoir les moyens de repérer et résoudre les névroses qui nous empêchent d'être aussi peu con que l'on est peu bête. Plus on apprend, plus on se rend compte de son ignorance, plus l'espoir d'intelligence s'éloigne.

Nous, on a tous compris qu'elle n'avait aucune velléité de se faire aussi grosse que le bœuf (d'ailleurs, si le bœuf se nomme, au hasard, Megret, bof, pas de quoi faire un complexe si on rate les tests. On a juste écarté une hypothèse ô combien lancinante, et gagné du temps). Y a qu'elle qui craint ça d'elle. C'est dehors qu'Ils croient cela (surtout, continue à cacher cette démarche ! T'es moins con que moi, vois-tu... et j'ai réussi les tests). Viens, tu verras que cette crainte était absurde.

Moi aussi, avec mon échec scolaire et ma vie de merde, de surdoué de l'échec, j'ai été impressionné de ce que racontent certains, de leurs incroyables facilités, et je me suis senti bien banal. Mais on n'en a tous rien à foutre. Chacun vient comme il est. La seule chose qui compte, c'est d'apporter son cœur.

Et d'œuvrer tous ensemble, dans une optique humaniste (conformément aux statuts oubliés de l'association), pour que cesse un jour le Massacre des Innocents atteints de ce mal étrange.

Que tu passes les tests maintenant ou dans 7 ans, que tu les réussisses ou pas (tu nous fais bien rigoler, mais il est vrai que l'on ne peut pas exclure un sabotage réussi), bienvenue chez toi, petite grenouille. Je t'embrasse.

Zanel, ex Ducon (qui aimerait bien avoir 28 ans et se demander, incrédule, s'il doit passer les tests)

PS : j'espère que tu n'en profiteras pas pour culpabiliser de ces heures que je viens de passer au clavier. Ce n'est pas pour toi que je l'ai fait, mais pour moi, pour me sourire un peu à ma prochaine rencontre dans un miroir. Et ça m'a fait du bien de le faire. Merci.