GAPPESM
Groupement Associatif Pour les Personnes Encombrées de Surefficience Mentale

Le dépistage des surdoués en consultation de psychiatrie

Dépistage des surdoués en consultation de psychiatrie

un texte de Damien Crouzet (*)

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La thèse de Damien Crouzet en vidéo

Ndlr : Ce travail a été présenté pendant les études de Damien Crouzet.
On remarquera qu'un seul psychiatre et sa patientèle ont participé. En outre, les passations de tests étaient limitées à 20 minutes et basées sur les seules Matrices de Raven.
Qui a été patient d'un psychiatre sait l'état de stress que créé simplement le fait de noter le rendez-vous ou de se trouver dans la salle d'attente.
Les patients angoissés ou peu sûrs de leurs capacités ont peut-être refusé les tests. Etc.
Je vous invite à regarder ce travail comme une ébauche de ce qui pourrait être entrepris avec plus de temps et de moyens.

L'objectif de cette étude était d'estimer la proportion d'individus dits « surdoués » dans un échantillon de patients consultant pour des troubles psychiatriques en cabinet libéral. Les matrices progressives standards de Raven ( SPM ) ont été utilisées pour l'évaluation de l'intelligence et le dépistage des surdoués. Sur 100 patients testés, nous avons dépistés 17 patients appartenant à la classe I, soit 17 % du total. La classe I regroupe les individus de capacité intellectuelle supérieure et représente selon l'étalonnage du SPM les 5 % d'individus ayant obtenu les meilleurs scores au SPM. Ces individus de la classe I ont donc été considérés comme surdoués. L'analyse statistique montre que la différence de proportion des individus de la classe I entre la population générale et l'échantillon de patients est significative avec moins d'une chance sur mille de se tromper. Nous pouvons donc affirmer que dans notre échantillon, les surdoués sont sur-représentés et par conséquent que la douance est une caractéristique intéressante à dépister chez les patients. En outre, l'hypothèse a priori la plus vraisemblable de cet excès de surdoués parmi les patients est l'existence d'une plus forte prévalence des troubles psychologiques chez les individus surdoués. Nous ne pouvons néanmoins pas éliminer un biais de sélection étant donné qu'un seul psychiatre a participé à cette étude.

Conclusion :
 Nous avons dépisté dix sept patients appartenant à la catégorie intellectuelle supérieure, ou classe I de la classification des matrices progressives standards de Raven ( SPM ). Ce test mesure l'intelligence fluide qui est l'une des deux composantes du facteur g. En théorie, selon l'étalonnage du test, seuls 5 % de la population peuvent appartenir à la classe I. Sur les cent patients testés, nous avons donc obtenu un pourcentage d'individus de la classe I trois fois supérieur au pourcentage théorique. Et selon l'analyse statistique fondée sur le calcul du chi-deux d'ajustement, nous avons déterminé que la différence entre la distribution théorique des individus de la classe I et la distribution observée est statistiquement significative avec moins d'une chance sur mille de se tromper. Cela signifie que notre échantillon de patients contient un nombre anormalement élevé d'individus de la classe I. Nous les appelons « surdoués » bien que cette appellation soit en principe réservée aux individus ayant un QI total supérieur à 130. Mais ce test étant onéreux et long, il est trop rarement employé en pratique par les soignants. Le SPM a l'avantage d'être rapide ( vingt cinq minutes ) et peu onéreux. Il peut aussi être passé en groupe. En outre, de multiples études ont démontré sa validité. Pourtant, il me paraît important dans l'état actuel des connaissances, de confirmer ce résultat par un test de vocabulaire Mill Hill ( MHV ), ou même mieux par un test de quotient intellectuel ( WAIS ou WISC ).

 Ainsi, nous avons montré que dans une patientèle de cabinet psychiatrique, le nombre de surdoués est supérieur à la normale. De plus, les patients sont majoritairement des adultes, à l'exception de quelques adolescents. Par conséquent l'hypothèse selon laquelle les surdoués consultent plus en psychiatrie que la normale est vérifiée dans cette étude. Les raisons pour lesquelles les surdoués consultent plus sont sans doute complexes, néanmoins il est permis de supposer qu'une prévalence plus élevée des troubles psychologiques, une plus forte sensibilité ou une plus grande souffrance psychologique sont en cause. De surcroît les troubles psychologiques que l'on associe aux enfants surdoués semblent se retrouver chez les adultes, avec comme conséquence un besoin de soins et de traitements psychiatriques.

 Nous pouvons en tirer plusieurs leçons. D'une part,  il faut s'interroger sur les causes de cette forte proportion d'individus de la classe I chez les patients. En admettant que le fait d'être surdoué - la douance - ou ses conséquences ne sont pas en cause, que peut signifier l'abondance de patients ayant une caractéristique commune, à savoir : une compétence élevée pour résoudre les problèmes du test, ou une capacité logique importante ? Ont-ils une disposition d'esprit particulière qui les rendrait plus enclin à manifester des troubles psychologiques ?

  D'autre part, la détection des surdoués en intéressante afin de mieux cerner l'origine et la sémiologie des troubles psychologiques des patients. D'autres études pourraient désormais être menées afin de confirmer notre étude et de rechercher les prises en charge les mieux adaptées pour ces patients surdoués.

 En outre, la prise en charge des enfants surdoués devrait être améliorée afin de limiter les conséquences psychologiques à l'âge adulte. Cette meilleure prise en charge doit donc passer par une détection plus efficace.

 Enfin, les patients et le psychiatre semblent avoir tiré profit des résultats de ces tests. Par conséquent, mais cela reste à prouver par d'autres études, ce test peut avoir un intérêt thérapeutique puisqu'il permet aussi au patient de mieux se connaître et d'appréhender des motifs de sa différence et de sa souffrance.

ABSTRACT :
The objective of this study was to estimate the proportion of individuals referred to as “intellectually gifted persons” in a sample of patients consulting a private practitioner for psychiatric confusions. Raven standard progressive matrices ( SPMs ) have been used for evaluating intelligence and identifying intellectually gifted persons. Out of 100 tested patients, we have identified 17 patients belonging to class I, ie 17% of the total number.
Class I contains all the individuals with superior intellectual capacity and represents, according to the SPM standard, 5% of the patients having the highest SPM scores. These class I individuals have therefore been considered as intellectually gifted persons. Statistical analyses show that the difference of proportion of class I individuals between the general population and the sample of patients is significative, with less than 0,1% risk of error. We can therefore assert that, in our sample, intellectually gifted persons are over-represented and that, consequently, intellectual giftedness is an interesting characteristic to screen. Additionally, the most likely hypothesis concerning the excess of intellectually gifted persons among patients is possibly due to a stronger prevalence of psychological troubles with intellectually gifted individuals.

Ce texte est accessible sur le site de Damien Crouzet http://supranormal.spaces.live.com

(*)

Université Joseph Fourier
Faculté de médecine de Grenoble
Année 2008
Thèse présentée pour l'obtention du doctorat en médecine
Diplôme d'état
Par Damien CROUZET
Né le 22 Septembre 1977 à La Tronche ( 38 )
Thèse soutenue publiquement à la faculté de médecine de Grenoble, le 2 décembre
2008, devant le jury composé de :
- Pr. Thierry Bougerol, président du jury
- Dr Philippe Narang, directeur de thèse
- Pr. Luc Barret
- Pr. Pierre-Simon Jouk

© Damien Crouzet- Décembre 2008
Texte reproduit avec l'autorisation de l'auteur, qui en conserve tous les droits.