GAPPESM
Groupement Associatif Pour les Personnes Encombrées de Surefficience Mentale

Peut-on être trop « intelligent » pour être heureux ?

Être trop "intelligent" emp^che-t-il d'être heureux ?

Peut-on vraiment « être trop intelligent pour être heureux »? (1)

 

Mettons de côté, tout d'abord, « l'intelligence » et ses diverses définitions. Bien entendu, comme l'intelligence est toujours actuellement mal définie, poser le problème comme ça, c'est juste racoleur !
Si on s'intéresse plutôt aux personnes communément appelées « surdouées », par aberration de langage (ce qui suit n'étant qu'une confirmation de plus), on peut comprendre certaines choses.

 

1- Des questions sans solution.

Si on se rappelle qu'un des critères pour remarquer un enfant surefficient mental (surdoué, précoce, à haut potentiel, doué, et tutti quanti) est qu'il pose très tôt des questions dérangeantes sur la vie et la mort, l'infini, les tenants et aboutissants du bonheur, on comprend bien que se poser des questions, avoir le cerveau qui tourne en continue et surtout pour des questions sans réponse, c'est angoissant, voire seulement désespérant, triste.
Moi, je me demandais comment envisager l'Infini... Je n'y arrivais pas. Plus simplement, je coinçais les « grands » Troisièmes à la descente du car pour leur demander quel était « le nombre de la fin des nombres »; tandis que la vison du globe terrestre en carton-pâte posé sur son pied sur le bureau dans la salle de classe me terrifiait quasiment !

2- Une extrême émotivité.

Selon Jeanne Siaud Facchin, psychologue clinicienne, le cerveau de la personne surefficiente diffère par sa réactivité émotionnelle : l’amygdale, cette zone du cerveau qui repère les émotions et les gère, est très susceptible et vulnérable. Les émotions sont alors amplifiées, plus intenses et plus aigües... Bien entendu, cette distorsion est un facteur possible de stress supplémentaire, voire de culpabilité : « je ne sais pas maitriser mon corps et mes réactions physiques alors que les autres de mon âge y arrivent  »(c'est aussi pour ça que la personne peut paraître immature !); « J'ai honte d'être impressionnée par ce film romantique bêta, et de ne rien faire contre la faim dans le monde... », toutes réflexions qui me hantent toujours.
J'évite soigneusement les films tristes et … les gens en général (c'est plus simple). Maitriser ces intenses émotions en public génère un épuisement psychique. Si on finit par se laisser aller, la censure sociale n'est pas loin. "Rrouuu elle tchache la p'tite dame... Elle tchacche, hein ! " :( Je me dépêche d'en rire de peur d'avoir à en pleurer.
Autre cas de figure à éviter : (manquer de) se planter en voiture à cause d'un slammeur trop disert à la radio !

3- Une grande labilité émotionnelle.

Toujours si on envisage ce fonctionnement différent de la personne surefficiente, cette extrême émotivité est aussi corrélée à une vitesse de pensée plus rapide et/ou une pensée arborescente (dont le résultat est : plus de solutions trouvées plus rapidement, dont... la bonne ! ). Une très grande rapidité de connection entre les neurones (ou un phénomène approchant) fait que la personne passe d'un état à l'autre très rapidement. Pour elle, tout allant très vite, ses émotions varient aussi. Une pensée va induire un état... Elle va enchainer les idées/pensées, corrélées ou non à leur état d'esprit adjoint, et si rapidement que les témoins vont la voir passer de la tristesse à la gaieté sans avoir le temps de comprendre (2).
Parfois, la personne non plus ne comprend pas. Ou ne comprend pas pourquoi on ne la comprend pas. Reparcourir le chemin en arrière pour expliquer à l'autre peut s'avérer compliqué : entre-temps, elle continue de penser parallèlement à d'autres choses, et perturbée par ses émotions ! Si elle est très éloignée de ses pensées originaires, c'est presque impossible. La personne a l'air bipolaire, sauf qu'il ne s'agit pas de phases, mais bien d'états émotionnels extrêmement rapides et intenses.

4- Pas facile !

Si on ajoute à l'ensemble que la personne surefficiente ne peut se reconnaître que dans 2% de ses congénères: lesquels, bien entendu, diffèrent d'elles aussi, en plus, par tout ce qui fait qu'un humain est différent d'un autre (la culture, l'âge...), cette différence s'ajoutant aux autres, et contrairement à ce qu'on croit, ne lui rendant pas le monde plus accessible... Si c'est être « intelligent » qu'être triste, seul et incompris...
Dur dur d'être heureux dans ces conditions !
Pas la peine de se consoler en se disant qu'on est « intelligent » : être intelligent, ce serait plutôt faire avec, c'est mettre les choses, les gens, les concepts en relation (pour les gens, c'est loupé  !), créer des relations (sic) avec ses frères humains.

Heureusement (re-sic), des surefficients heureux ça existe (j'espère bien !) : c'est juste pas facile...

Nous avons aussi tout plein de raison pour ne pas nous sentir heureux, nous autres humains, sans avoir besoin d'être émotif ou génial, non ?

5- Et vous ?

… Et vous, vous vous êtes reconnus ? Vous n'êtes pas doué pour être heureux ?

Génie des questions insolubles ? Prodige philosophique, métaphysicien phylosophe de choc ? ("Qu'est-ce qu'être heureux ? Qu'est-ce que le bonheur ?"). Angoissé précoce, potentiellement hautement émotif, surdoué en tristesse ?


Seriez-vous une personne encombrée de surefficience mentale ?

Lauranne

Notes :

(1) Jeanne Siaud Facchin : « Trop intelligent pour être heureux ? L'adulte surdoué », Éditeur : Odile Jacob,2008.
(2)Ça m'intéresse, février 2010, L'intelligence est-elle gage de bonheur ? Agnès Diricq et Jeanne Siaud-Facchin, Page 15.