mon histoire de sur-efficient... ça reste chaud!

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yves
Messages : 3
Enregistré le : 09 juil. 2012, 14:20

mon histoire de sur-efficient... ça reste chaud!

Messagepar yves » 10 juil. 2012, 00:52

Bonjour,

J'ai lu, moi aussi, le livre de Christel Petitcollin. J'ai découvert -enfin!- une parole d'une psychologue insistant plus sur les problèmes d'identité que génère la surdouance que sur les aspects "romantiques" de la question ("Ah!" le plaisir de se savoir "intelligent", de se sentir "différent"... la fierté d'avoir des enfants qu'on juge "supérieurs"!). Avait-on suffisamment parlé de l'angoisse psychologique causée par les "mises à distances" et "mises à l'écart" dues aux inévitables incompréhensions réciproques du surdoué avec les membres du système humain et social dans lequel il faut pourtant que lui-aussi parvienne à s'inscrire? J'ai trouvé dans le livre de Christel P., une volonté de parler vrai, de parler à la hauteur de mes qualités humaines, et pas de mon seul intellect, et des pistes pour combattre la fantasmatique que cette "qualité" psychologique induit chez son porteur et dans son entourage. Peut-être existent-ils d'autres auteurs, d'autres livres qui traitent de la question en adoptant ce même point de vue, je n'en sais rien car cela faisait quelques années que je n'avais plus rien lu sur la question.

Au passage, Christel P. m'a tuyauté ce site, votre association (le GAPPESM). Je suis venu lire. Et je voudrais partager avec d'autres à propos de ma propre "charge" en surdouance et des impasses auxquelles aujourd'hui encore je reste confronté.

Je suis un homme. J'ai 51 ans. Je ne suis toujours pas fixé professionnellement. Je vis en couple depuis bientôt 6 ans, ayant vécu avant cela plusieurs ruptures, le rejet, l'ennui, le désespoir parce qu'on ne parvient pas à fonder, parce qu’on n’est pas aimé quand soi-même on déborde d'amour. Je n'ai pas d'enfants, alors que c'était mon rêve le plus cher, le plus intime, et ma seule raison vivre depuis l'adolescence.

A 12 ans, j'ai passé des tests psychotechniques à l'école. C'était la procédure, tout le monde y était soumis. Or parce qu'à l'école je me sentais "étouffé", "incompris", parce que je m'ennuyais... j'ai pensé que réussir ces tests auraient l'effet d'un appel, d'un signal, qu'ils pouvaient m'aider en annonçant que je valais mieux que cette position ou place d'écolier qui m'accablait beaucoup tellement je m'y ennuyais, parce que je m'y faisais régulièrement engueulé, menacé, parce que les enjeux de compétition qu'on m'imposait me dépassaient complètement et me faisaient souffrir... Pour cette fois, je me suis appliqué, j'ai travaillé vite, très concentré. Ce dont je me souviens avec certitude, c'est qu'on m'ait dit que mes résultats étaient les meilleurs de toute l'école, qu'à mes parents, le psychologue a parlé d'un QI de 140 et/ou de percentile 98. Dans la famille, on se montra étonné par ces résultats puis on décréta simplement que j'étais "intelligent" et ça s'arrêta là. Le psychologue fit aussi comprendre à mes parents que mes résultats scolaires n'étaient pas en phase avec mes résultats aux tests psychotechniques, et qu'il fallait "faire quelque chose"! Questionné par ma mère, l'instituteur, informé des chiffres lui-aussi, conclu devant moi que le problème c'était surtout que "j'étais paresseux"... "Montre tes mains! C'est pas un poil que tu as dans la main, c'est un paillasson!". Donc on ne fit rien pour changer quoi que ce soit. Comme ma mère me le raconta plus tard, au fond, elle avait pensé que puisque j'étais intelligent, les études, la vie, n'en seraient que plus faciles pour moi. On me fit aussi promettre de garder ça pour moi car ce n'était pas bien de se vanter. Ce que je fis, j'étais modeste et je ne connaissais personne avec qui je pouvais partager ça en confiance.

Au début de l'adolescence, si on me demandait ce que je voulais devenir, qu'est-ce que je voulais faire plus tard, je répondais "rien" parce que je ne savais pas, je ne sentais rien qui m'intéresse vraiment, à quoi je puisse accorder du sens. Il n'y avait "rien" qui s'imposait à moi, je ne pouvais rien choisir. ET je ne comprenais pas comment les autres parvenaient à se déterminer. Je sentais qu'il y avait dans leur capacité à choisir quelque chose d'artificiel, une sorte de soumission à un conformisme dans lequel je ne parvenais pas à rentrer.

Ensuite, à l'athénée (collège et lycée de Belgique), je laissais tout aller à rien. Au début, je réussissais sans effort, sans écouter ni travailler, puis arriva un temps où je me retrouvais de plus en plus devant des feuilles d'interrogation sans plus savoir un traître mot de ce dont il était question. A quinze ans, je doublais, puis je triplais mon année, puis j'abandonnais l'école. Pour ce que j'y apprenais! Et puis j'étais devenu un paria: le "dernier de la classe". Continuer dans le cadre scolaire classique, c'était de toute façon me vouer à l'échec. Je vivais ça très passivement. L'école et son système c'était trop ennuyant, trop injuste, agressif... mes relations avec les autres adolescents étaient faites de fuite, de replis, de frustrations. Mais besoins humaines étaient de confiance, d'amour, de partage... pas de savoir, de rivalité, de satisfaction égoïste. Ce fut l'apprentissage du rejet social: qu'est-ce qu'on peut devenir lorsque la seule chose qu'on sait faire finalement c'est faire marcher son cerveau, penser, imaginer, rêver... mais qu'on n'a pas de diplôme, qu'on ne parvient pas à "suivre en classe" ni à "suivre la classe". Dans et puis sans école, j'ai fait l'apprentissage de l'angoisse, de la peur du vide.

Alors dans la solitude, j'ai fait des cours privés, j'ai étudié par moi-même, en structurant moi-même mon cursus et mes apprentissages, sans vivre la pression des contrôles quotidiens. ET comme résultat, j'ai surperformé, retraçant 3 ans d'études en une seule année et j'ai conquis le droit d'aller à l'université. J'ai étudié et terminé une licence en philosophie. Mais arrivé à l'université, j'ai continué à resté seul, à vivre isolé. Honteux de moi et pas du tout rassuré par le fait que je réussissais mes années, au contraire, plus ça allait, plus je me sentais en risque. Risque d'une dénonciation, d'une erreur dans mes résultats, que ça coince quelque part. Je n'avais pas de bons points, en général juste la moyenne. Ca me permettait de passer mais pas du tout de comprendre, de vivre ma matière de l'intérieur. Chaque année, j'éprouvais le sentiment de "sauver ma peau", pas d'apprendre quelque chose de plus.

A 18 ans, je suis tombé éperdument amoureux d'une fille avec qui j'avais eu un flirt d'un mois ou deux, guère plus. Pour elle c'était une évidence que quelque soient mes qualités, de toute façon, elle voudrait vivre d'autres aventures, d'autres relations... et moi, me répétait-elle, "je demandais trop". Je ne voulais pas, c'est vrai, que ça s'arrête, j'avais mes sentiments, je l'aimais, pourquoi aurait-il fallu que je l'oublie, que je fasse le deuil de ça, que je passe à autre chose. Comment cesse-t-on d'aimer quand on a l'impression que ce que l'on donne c'est le meilleur de soi? Je suis resté amoureux d'elle jusqu'à mes 35 ans, même si j'eu d'autres histoires sentimentales en parallèle pour essayer de combler le manque, ou par dépit.

Mon premier diplôme en poche, j'ai consciencieusement cherché à ne pas l'exploiter. Je ne me sentais rien, ni universitaire, ni philosophe. J'avais l'impression de n'avoir rien appris, je me sentais incapable de formuler la moindre idée, de mettre en place un raisonnement, de ne rien savoir à propos d'aucun auteur. Ecouter ou voir un philosophe à l'œuvre me blessait: comment faisait-il pour parler ainsi de tout, aussi longuement, comment parvenait-il à débattre aussi naturellement des concepts? En l'écoutant, je n'en éprouvais que plus la honte de me sentir la tête vide. Et j'ai trouvé un premier emploi dans l'informatique. Et ça c'est fait grâce aux tests psychotechniques, parce qu'IBM engageait des universitaires non qualifiés en informatiques sur la seule base de leurs résultats à des batteries de tests: la seule chose pour laquelle j'avais confiance en mes capacités. On me confirma d'ailleurs que j'avais cartonné.

J'ai commencé à travailler en 1986. Je programmais. J'aimais bien écrire des programmes, chercher des solutions à des problèmes, mais je détestais ce milieu, l'atmosphère commerciale, professionnelle, les exigences de comportement et d'intérêt pour le travail... à mettre en balance avec la vacuité culturelle des conversations, l'absence quasi-totale de réflexion sur le pourquoi des choses et de nos actes professionnels. Quel sens mes collègues donnaient-ils à l'entreprise pour laquelle ils travaillaient. Poser la question c'était s'exposer à l'incompréhension ou la moquerie. Et puis j'avais peur tout le temps: qu'on m'engueule, qu'on juge que je n'y connaisse rien -de fait, en informatique aussi, j'étais un autodidacte!-, qu'il y ait des fautes dans mes programmes (même ceux que j'avais testé et retesté des dizaines de fois). J'ai fait une licence universitaire en informatique en cours du soir pour m'aider, mais là aussi le résultat ne fût pas celui que j'escomptais: je me retrouvais avec un diplôme en informatique mais aussi le sentiment de ne rien y comprendre, rien savoir... comme si j'étais passé à travers ces épreuves sans rien apprendre, comme si j'étais par nature un escroc, un imposteur.

En entreprise, j'ai toujours fini par dysfonctionner. Je craignais trop mes supérieurs, mes clients, mes collègues pour pouvoir accomplir sereinement mes tâches. Au début, personne ne voyait le problème, mais à la longue, personne ne comprenait ce que je cherchais, ce que je voulais... je ne recevais pas les rôles et les responsabilités que je voulais obtenir, mais d'autre part je n'étais pas assez collaborateur. J'étais peureux, différent, mécontent, parfois je me mettais en colère... plusieurs fois, je me retrouvais victime d'un licenciement. Et je vivais toujours cette tuile comme un jugement porté sur moi par le monde entier. Comme l'effet de la volonté de celui-ci de me voir disparaître, que l'on proclame enfin mon inefficacité, mon inutilité fondamentale.

Les femmes que j'aimais ne voulaient pas de moi. J'en eu d'autres dont j'avais le sentiment surtout qu'elles voulaient profiter de moi et je n'eu, malheureusement, pas toujours faux là-dessus. Une avec qui je m'ennuyai pendant plus de deux ans avant que je n'ose lui dire que je préférais encore reprendre ma solitude. A quarante ans, j'avais commencé une nouvelle relation avec quelqu'un que j'aimais plus franchement, quand elle m'annonça qu'elle était enceinte et que le rendez-vous pour l'avortement était pris. Je ne sus pas la convaincre d'autre chose, je ne sus même pas la convaincre que j'avais mon mot à dire. Des choses à dire, surtout! A propos d'une envie fondamentale qui ne m'avait jamais quitté depuis mes premiers déboires d'enfant, qui m'avait tenu vivant jusque là! En l'accompagnant chez le gynécologue pour l'avortement, j'eu l'impression que j'assassinais moi-même mes rêves, qu'ils ne se réaliseraient jamais, que tous ceux dont j'avais croisé la route et qui m'avaient condamné injustement, au fond, ils avaient gagné. Même pour la vie de mon enfant, je n'avais pas été à la hauteur. Je n'avais pas su convaincre.

Dix ans plus tard, je suis de nouveau sans emploi. J'ai enfin rencontré quelqu'un en qui j'ai confiance. Mais je ne parviens toujours pas à construire quelque chose, rien ne se réalise vraiment: pas d'enfants, pas de travail. J'ai connu trop d'échecs et de rejets. Je voulais monter un nouveau projet professionnel en indépendant, mais pourquoi ce monde qui m'a déjà rejeté quatre fois lorsque je paraissais lui être soumis m'accepterait maintenant que je veux lui faire accepter mes propres idées?

Je cherche encore. Quel sens peut-on donner à son existence lorsque l'expression du meilleur de soi ne convient jamais à personne, est asociale, va à contre-courant ?

Le livre de Christel P. m'apporte quelque chose, c'est vrai! De la reconnaissance. Au fond je ne suis sans doute pas une exception -la "sale" exception que je croyais être!-, je fais plutôt partie d'un groupe. Je suis heureux de l'apprendre. Mais au début j'ai douté de la réalité des explications de Christel P., et je me demandais s'il ne s'agissait pas d'une arnaque: tous les êtres humains, hommes et femmes sans exception, ne sont-ils susceptibles de se reconnaître dans le portrait du sur-efficient mental? Ne s'agit-il pas d'un nouveau miroir aux alouettes car nous sommes tous attirés par l'idée d'être différents. Cette suspicion s'est un peu dégonflée. Et puis si nous faisons partie d'un groupe à part, comment faire pour se réconcilier avec l'autre groupe, celui des ortho-pensants? Je doute souvent que cela soit possible, notamment dans la sphère du professionnel dans laquelle on exige -et avec quelle sûreté de ton!- de la compétition, du rendement et de la norme, et pas du rêve, du partage, de la différence.

Merci pour votre lecture.
Mimha
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Re: mon histoire de sur-efficient... ça reste chaud!

Messagepar Mimha » 21 juil. 2012, 12:46

Bonjour Yves :-)

Ton histoire m'a bouleversée.

Il y a tellement de choses que j'aurais pu exprimer avec les mêmes mots ... J'en ai les larmes aux yeux !

Je voudrais te répondre, mais je ne sais que dire tant je me sens désemparée, comme je le suis encore souvent face à moi-même. Chaque paragraphe réclamerait un message aussi long que le tien !...

La société reste pour moi une sorte de secte pleine de codes secrets dont je n'ai pas la clé. J'ai compris depuis peu qu'on m'avait imposé une grille de lecture qui n'était pas la mienne. Là, j'essaie déjà de savoir qui je suis vraiment, afin de trouver ma véritable longueur d'onde. Ensuite alors peut-être serai-je capable d'émettre et de capter en ayant une chance d'être entendue (comprise, aimée, etc.^^) et une chance de comprendre enfin le monde qui m'entoure ! Ceci pour te dire qu'à mon sens, la clé est en nous. Mais nous n'avons aucune chance de la trouver si nous restons inconscients de notre état. D'où l'importance de "savoir".

Je suis heureuse que tu sois passé par ici et te souhaite d'y trouver des réponses et aussi du soulagement. :-)

Bise,

Mim'
______________________________
Un importun, c'est quelqu'un qui vous prive de votre solitude sans parvenir à être une compagnie.
yves
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Re: mon histoire de sur-efficient... ça reste chaud!

Messagepar yves » 25 juil. 2012, 15:16

Hello,


Merci de m'avoir laissé ton commentaire.

En tous les cas, je pense aussi que "la clé est en nous". Je suis parfois un peu désappointé -mais moins qu'avant!- par la vie, mais le plus souvent j'en veux. Avec le temps, la solitude m'étonne moins et j'ai appris à l'apprécier comme il faut. Elle me ressource. J'ai des projets, et c'est vrai, je voudrais faire de cette petite différence qui est en nous une force, un atout. Ca passe incontestablement par la prise de conscience.

Le passage où tu écris que chacun de mes paragraphes mériterait une -longue!- réponse m'intéresse. Si tu veux raconter quelque chose qui fasse écho à l'une ou l'autre des situations que j'ai racontées, je peux essayer de te renvoyer ce que ça m'évoque. C'était un peu ça mon but en venant sur le forum du gappesm: partager.

Biz
zébrâne3
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Re: mon histoire de sur-efficient... ça reste chaud!

Messagepar zébrâne3 » 25 juil. 2012, 20:07

Bonjour yves (et bienvenu :) ).

Oui, très poignant ton témoignage, (et très bien écrit :jap:).

As tu lu les livres de JSiaud-Facchin ou A.Adda ? Je ne trouve pas qu'elles soient dans le côté "romantique" sur la question non plus, en tout cas, selon moi, ce sont les ouvrages les plus intéressants actuellement (même si j'ai beaucoup apprécié celui de Petitcollin).


Je l'ai découverte (ma "surefficience)il n'y a que 4 ans, et j'ai
vraiment l'impression d'avoir trouvé un territoire totalement vierge à défricher, ça m'a pris du temps, mais aujourd'hui je crois avoir fait grosso-modo le tour de la question (même s'il reste toujours des points à travailler).
[Est-ce que tous les zèbres doivent faire un travail thérapeutique pour s'apprivoiser ? ou alors juste ceux qui n'ont pas réussis à se "dresser" eux-même ?)].


Enfin je me permets de te dire ça car tu donnes le sentiment de le découvrir aujourd'hui, enfin d'en découvrir les (nos) particularités;
alors peut-être que pour toi aussi cela est annonciateur d'un mieux-être, d'une meilleure compréhension de toi et d'une vie plus facile, plus apaisée; en tout cas, c'est ce que je te souhaite.


Mon parcours est tellement semblable sur de nombreux points au tien:
le poil dans la main, (les profs parlaient d'un baobab :D ); les parents qui ne s'inquiètent pas ("il est "malin" il s'en sortira toujours")...
Remarque là dessus, j'avais tendance à y croire aussi (mais la vie s'est chargée de me rappeler qu'elle n'était pas aussi simple que ce dont je rêvais enfant).
Les seuls tests psycho que j'ai passés sont à l'armée (aux "3 jours",
l'orientation à 18 ans que tout garçon français faisait du temps ou le service militaire restait obligatoire).
Là, j'ai eu 20/20, mais personne ne m'a parlé de quoi que ce soit après (certains zèbres se sont fait détecter ainsi), et impossibilité de parler de ma note à qui que ce soit (pas avec mes amis de peur de les vexer).
Bon, je ne savais pas exactement ce que ces tests mesuraient remarque, (et précision: ce ne sont pas exactement des tests de QI, d'ailleurs, si quelqu'un sait d'où ils sortaient leurs tests, ça m'intéresse beaucoup).
Mais je savais qu'en en parlant, j'allais mettre les autres mal à l'aise, ou qu'un malaise s'installerait, donc je me suis tu.

Puis les 18 ans, et l'impossibilité de choisir une voie, pas tellement parce que rien ne m'intéressait, trop de choses au contraire, et l'impossibilité d'en choisir une (et de sacrifier tout le reste).


Enfin bref, j'arrête là, c'était juste pour te dire que tu étais loin d'être une "sale" exception;
et que peut-être (j'en suis même sûr) il existe un chemin pour toi.


Tiens une question pour finir (question que je me pose à moi-même):
tu parles du sentiment d'imposture, de ne pas se sentir à la hauteur dans certains domaines...
Est-ce que tu crois que ça vienne du fait qu'on mette la barre trop haute ?
Je me rappelle avoir abandonné pas mal d'activités enfants lorsque je me rendais compte que je ne serais jamais un virtuose dans tel ou tel domaine, (alors que tout le monde ou presque ne cessait de me répéter à quel point j'étais bon dans ce domaine).
Est-ce que chez toi, c'est du même ressort ton sentiment ?


et une remarque (parce que je ne sais plus si Petitcollin le dit): beaucoup de zèbre "dysfonctionnant" en entreprise ont trouvé leur épanouissement en devenant indépendants, peut-être la solution pour toi ?


voilà, bienvenu, et au plaisir, Zeb.
glimmy
Messages : 64
Enregistré le : 03 juin 2012, 12:57

Re: mon histoire de sur-efficient... ça reste chaud!

Messagepar glimmy » 26 juil. 2012, 09:25

Bonjour!

Bienvenue et merci pour ton témoignage!

Je l'ai lu ainsi que les réponses qui t'on déjà été apportée et je souhaite que tu trouve ici le réconfort dont tu as besoin ainsi, éventuellement que des pistes de mieux être!

J'ai eu la 'chance" de n'être diagnostiquée qu'il y a qques mois ( à l'aube de mes 30 ans). Sur le coup j'ai pleuré de rage de toutes ses années "gachées" mais finalement, je me dis que savoir aurait pu être pire: au lieu de me fixer sur ma différence, j'ai dépensé toute mon énergie à dissimuler mes "vilains" défauts et à m'adapter autant que possible.

La où je me retrouve en toi, c'est quand tu évoques ton sentiment d'imposture permanent. Moi, c'est à des études de droit que j'ai "survécu", moi aussi j'ai souvent eu l'impression d'avoir la tête bien moins remplie que le dernier de la classe alors que j'ai toujours réussi aisément... Le résultat du test de QI passé récemment m'a par contre permis d'avoir un peu plus confiance en moi et de faire diminuer cette tension permanente ( sans la faire disparaitre).

J'ai choisi ces études comme on fait son service militaire, pour tenter de comprendre la société, pour me sentir "armée" façe à elle.
sur ce plan là, l'objectif est atteind mais cette science reste "alimentaire" et ne m'intéresse toujours pas. Je la trouve particulièrement arride, moi qui ait également une telle soif d'amour et de bienveillance.
Je passe mes journées sans passion en tant que juriste au sein d'une administration.

Tu te demande comment évoluer dans une société à qui le meilleur de toi même ne convient pas (ou quelque chose comme ça). C'est "marant" je me rend compte en te lisant que je n'ai jamais essayé de donner à la société autre chose que ce qu'elle me demandait... résultat, j'ai une existence en apparence tout à fait banale ( mari -bébé-boulot-maison) mais je ne sais toujours pas ce qu'est " le meilleur de moi-même" je m'autorise depuis peu à ressentir que j'ai d'autres resources en moi et que je suis capable de "plus" mais je n'ai pas encore pris le temps de creuser l'idée...
Je pense que je suis terrorisée à l'idée que le chateau de carte, patiement élaboré, ne résiste pas à la bourasque.

Enfin, une question me vient: certainement de part mon histoire et mon éducation, je me refuse à voir le monde coupé en 2: d'un côté les surref, de l'autre, les normo. As tu déjà fait la liste de ce qui te rapproche des "autres" au lieu de celle qui te sépare d'eux? Te sens tu "capable" de leur reconnaitre des mérites, des qualités? Tout l'amour que tu as à donner, pourrais tu l'utiliser pour "t'oublier" à leur profit?
Tu souhaite que la société t'accepte, mais toi, te sens tu prèt à l'accepter, avec tout ses défauts, comme un animal bizarre que tu aurait envie d'apprivoiser?

Tu me répondras peut être que cette question n'a pas de sens et/ ou pas d'intérêt... mais je suis toujours en recherche aussi et cette dans cette direction que je vais actuellement.

Glimmy, .be aussi.
Une bougie ne perd rien de sa lmière en la transmettant à une autre bougie...
Mimha
Messages : 93
Enregistré le : 05 nov. 2011, 16:04

Re: mon histoire de sur-efficient... ça reste chaud!

Messagepar Mimha » 05 août 2012, 18:33

Coucou Yves :-)

Désolée de ne pas avoir répondu plus tôt. Vois-tu, je ne passe que de temps en temps : quand je tombe dans mes profondeurs intérieures et que je me sens "en décalage" (ce qui m'arrive moins souvent depuis que j'ai apprivoisé l'idée que mon hypersensibilité n'est pas une tare mais un merveilleux outil de perception). J'ai alors besoin de lire des mots qui me font écho, pour m'assurer qu'il existe bien des gens sur cette Terre qui ressentent les mêmes choses :-) ...

Oui, j'ai adoré te lire. J'ai aimé ton style introspectif sans faux-semblants, ton français de qualité, grammaire, syntaxe, orthographe. Un vrai plaisir ! Mais surtout, le contenu. La mise par écrit, là, sous mes yeux, de tant de sentiments inexprimables, douloureusement ressentis mais jamais exprimés... et pour cause, puisque je n'avais pas de mots à mettre dessus !

Je reprends quelques passages de ton texte qui m'ont interpellée.

Q U O T E
Je suis un homme. J'ai 51 ans. Je ne suis toujours pas fixé professionnellement. Je vis en couple depuis bientôt 6 ans, ayant vécu avant cela plusieurs ruptures, le rejet, l'ennui, le désespoir parce qu'on ne parvient pas à fonder, parce qu’on n’est pas aimé quand soi-même on déborde d'amour. Je n'ai pas d'enfants, alors que c'était mon rêve le plus cher, le plus intime, et ma seule raison vivre depuis l'adolescence.
U N Q U O T E

La femme de 47 ans que je suis n'a pas non plus la grande famille dont elle avait toujours rêvé, car on lui a annoncé à 35 ans (suite à un examen hormonal pour cause d'épuisement continuel) qu'il était "trop tard", et sans doute depuis bien longtemps déjà. Ménopause précoce, de cause inexpliquée.

Mon monde s'est effondré. Mon principal moteur de vie dans ce monde absurde venait de m'être ôté en deux paroles lapidaires. Je n'ai résisté au choc que grâce au fatalisme de mon compagnon. Il m'a dit que tout ceci était dans les mains de Dieu (il était musulman), et que ni lui ni moi n'y pouvions rien.

Il s'est alors produit une chose qui m'a plongée dans des abîmes de perplexité : j'étais soulagée ! Mais soulagée à un tel point que je me suis mise à réfléchir sur la question de ma réelle motivation à avoir plein de bébés. Et j'en suis arrivée à la conclusion que mon désir d'enfant n'était qu'une projection des attentes de ma famille. En effet, je n'avais vécu jusqu'ici qu'en marge de moi-même. Une marionnette destinée à satisfaire la volonté de mes parents, flatter leur égo, combler leurs frustrations.

L'idée de projeter un enfant dans ce monde cruel, absurde et impitoyable me paraissait tout à coup parfaitement égoïste. J'avais trop souvent souhaité ne jamais être venue au monde moi-même pour vouloir infliger cela à quelqu'un d'autre. Et, beaucoup plus égoïstement, l'idée de la grossesse, de l'accouchement, puis des années d'esclavage auquel j'allais me soumettre en répétant le schéma parental, tout cela me parut clairement insupportable. J'étais trop sensible, trop fragile émotionnellement, trop angoissée, toujours à la limite de l'effondrement. Je vivais en mode survie, en marge de l'épuisement moral et nerveux. Et j'ai compris que mon organisme avait lui-même mis la machine hors-service pour m'épargner ça (puisque mon intellect s'évertuait à souhaiter le contraire de ce que souhaitait mon subconscient).

Je n'ai donc plus de regret. Je n'aurai pas d'enfants ni de postérité. En contrepartie, je vais enfin m'autoriser à vivre pour moi-même, et à faire ce que je sais le mieux faire : imaginer. Mon "bébé" sera ma création : le livre que j'ai toujours rêvé d'écrire et qui dort dans mes tiroirs. Enfin libre !! ;-)

Q U O T E
(...) Comme ma mère me le raconta plus tard, au fond, elle avait pensé que puisque j'étais intelligent, les études, la vie, n'en seraient que plus faciles pour moi. On me fit aussi promettre de garder ça pour moi car ce n'était pas bien de se vanter. Ce que je fis, j'étais modeste et je ne connaissais personne avec qui je pouvais partager ça en confiance.
U N Q U O T E

Oh la la !... L'école fut pour moi tout le contraire de pour toi. Ce fut le meilleur temps de ma vie ! Je m'y plaisais. J'y étais reconnue, appréciée, admirée, autant par mes camarades que par mes professeurs. Ma facilité déconcertait. Je n'avais aucun effort à fournir pour satisfaire aux exigences, et je crus naïvement que cela allait continuer sur la même ligne par la suite. Grossière erreur ! ma vie professionnelle fut une suite de désastres. Mon imagination n'était plus sollicitée. Je cessais d'apprendre des choses intéressantes au profit de contingences de productivité "stérile", logique rentabiliste, compétition délétère et jalousie diffuse. Je ne comprenais pas les enjeux. Je ne comprenais pas le pourquoi ni le comment. Je ne parvenais pas à "fonctionner" avec les autres (l'horrible mot !!). Il semblait que je m'y prenais toujours de travers (c'est à dire pas comme les autres). Je me sentais le maillon faible d'une chaîne qui allait rompre par ma faute. Je portais une culpabilité indélébile sur ma face, qui faisait qu'on finissait toujours par m'identifier comme la personne à éliminer. Mais le pire était que je ressentais la raison de mes échecs comme intrinsèque à ma nature, et non pas en rapport avec mes capacités. Le plus grand mystère au monde était pour moi de connaître la nature de la mystérieuse immunité dont disposaient les autres et qui me faisait défaut. Comment faisaient-ils pour être à ce point blindés ? aveugles et sourds à l'absurdité du monde ? à la vanité de leurs causes ?? Et pourquoi moi je ne trouvais aucun intérêt dans ce qui motivait toute leur énergie ? Était-ce moi qui me trompait ? Ne pas désirer quelque chose que tout le monde estime désirable signifie-t-il que je me trompe ? Et pourquoi faut-il que je me pose tant de questions, tout le temps ? Trop compliquée, perfectionniste et velléitaire à la fois... Je souffre de dilettantisme aigu, nomadisme affectif et professionnel, paresse intellectuelle (je vous jure !!) et découragement récurrent.

J'ai enfin compris qu'il existait d'autres personnes comme moi, affectées d'une sensibilité hors norme et d'un esprit sans cesse perturbé par des cogitations existentielles. Et, chose plutôt flatteuse, que cette sensibilité va souvent de pair avec une intelligence aiguë. Comme quoi, on ne peut pas avoir le beurre, l'argent du beurre et le sourire de la crémière en prime ;-)

Q U O T E
Au début de l'adolescence, si on me demandait ce que je voulais devenir, qu'est-ce que je voulais faire plus tard, je répondais "rien" parce que je ne savais pas, je ne sentais rien qui m'intéresse vraiment, à quoi je puisse accorder du sens. Il n'y avait "rien" qui s'imposait à moi, je ne pouvais rien choisir. ET je ne comprenais pas comment les autres parvenaient à se déterminer. Je sentais qu'il y avait dans leur capacité à choisir quelque chose d'artificiel, une sorte de soumission à un conformisme dans lequel je ne parvenais pas à rentrer.
U N Q U O T E

Ben vois-tu, cher Yves, moi, c'est tout le contraire : tout m'intéressait ! Mon drame était de ne pas avoir les neuf vies du chat pour tout tenter. Dans l'une, j'aurais été professeur de langues, archéologue, anthropologue ou exploratrice. Dans une autre, j'aurais fais de la recherche fondamentale en génétique, en linguistique ou en histoire des civilisations. Et dans une autre encore, j'aurais été musicienne (compositrice, évidemment, mdr). Et pourquoi pas ermite dans une grotte au fond du désert, loin des gens, du bruit et de l'agitation. J'étudierais la calligraphie arabe, l'astrologie et les arts divinatoires. Bref :-D

Par contre, là où je te rejoins, c'est que les choix de mes camarades me paraissaient totalement dépourvus d'imagination. En même temps, avaient-ils réellement le choix ? Pragmatiques, ils se projetaient dans un monde réel. Pour moi, l'inadéquation entre le rêve et la réalité était juste insupportable ! C'est pourquoi j'ai fais une "carrière" plus médiocre que la plupart d'entre eux... vivant l'essentiel de ma vie en rêve, détresse que tu l'évoques bien ci-dessous :

Q U O T E
(...) Mais besoins humaines étaient de confiance, d'amour, de partage... pas de savoir, de rivalité, de satisfaction égoïste. Ce fut l'apprentissage du rejet social: qu'est-ce qu'on peut devenir lorsque la seule chose qu'on sait faire finalement c'est faire marcher son cerveau, penser, imaginer, rêver...
U N Q U O T E


Q U O T E
Alors dans la solitude, j'ai fait des cours privés, j'ai étudié par moi-même (...). Honteux de moi et pas du tout rassuré par le fait que je réussissais mes années, au contraire, plus ça allait, plus je me sentais en risque. Risque d'une dénonciation, d'une erreur dans mes résultats, que ça coince quelque part. Je n'avais pas de bons points, en général juste la moyenne. Ca me permettait de passer mais pas du tout de comprendre, de vivre ma matière de l'intérieur. Chaque année, j'éprouvais le sentiment de "sauver ma peau", pas d'apprendre quelque chose de plus.
(...)
Ecouter ou voir un philosophe à l'œuvre me blessait: comment faisait-il pour parler ainsi de tout, aussi longuement, comment parvenait-il à débattre aussi naturellement des concepts? En l'écoutant, je n'en éprouvais que plus la honte de me sentir la tête vide.
(...)
J'ai commencé à travailler en 1986. Je programmais. J'aimais bien écrire des programmes, chercher des solutions à des problèmes, mais je détestais ce milieu, l'atmosphère commerciale, professionnelle, les exigences de comportement et d'intérêt pour le travail... à mettre en balance avec la vacuité culturelle des conversations, l'absence quasi-totale de réflexion sur le pourquoi des choses et de nos actes professionnels. Quel sens mes collègues donnaient-ils à l'entreprise pour laquelle ils travaillaient. Poser la question c'était s'exposer à l'incompréhension ou la moquerie. Et puis j'avais peur tout le temps: qu'on m'engueule, qu'on juge que je n'y connaisse rien -de fait, en informatique aussi, j'étais un autodidacte!- (...) je me retrouvais avec un diplôme en informatique mais aussi le sentiment de ne rien y comprendre, rien savoir... comme si j'étais passé à travers ces épreuves sans rien apprendre, comme si j'étais par nature un escroc, un imposteur.
U N Q U O T E

Ah, ce terrible sentiment d'imposture ! Comme si ce qu'on savait ne servait qu'à donner le change. Et cet autre sentiment terrible : celui de n'avoir jamais l'impression de rien maîtriser. Plus on apprend, et plus on se rend compte de l'immensité de son ignorance.

Le désespoir de ne jamais pouvoir faire le tour de la question m'a poussée au dilettantisme crasse : curieuse de tout et incapable de persévérer devant l'ampleur de la tâche, je butine de fleur en fleur sans rien mener à bout. Mon principal moteur est d'assouvir ma curiosité du monde en attendant la prochaine question qui va me faire bifurquer vers un nouvel univers à découvrir. Je l'assume, cependant, depuis peu. Depuis que "je sais"... même si je ne parviens pas à me départir d'un certain doute concernant la réalité de la surefficience en soi. mais surefficiente ou pas, mon fonctionnement correspond bel et bien au "tableau clinique" des autres forumistes ici présents, et donc c'est que ce mode de penser a une réalité.

Là où tu as évoqué le mieux mon ressenti en termes de désarroi, c'est peut-être dans le paragraphe suivant, où tu évoques le milieu professionnel :

Q U O T E
En entreprise, j'ai toujours fini par dysfonctionner. Je craignais trop mes supérieurs, mes clients, mes collègues pour pouvoir accomplir sereinement mes tâches. Au début, personne ne voyait le problème, mais à la longue, personne ne comprenait ce que je cherchais, ce que je voulais... je ne recevais pas les rôles et les responsabilités que je voulais obtenir, mais d'autre part je n'étais pas assez collaborateur. J'étais peureux, différent, mécontent, parfois je me mettais en colère... plusieurs fois, je me retrouvais victime d'un licenciement. Et je vivais toujours cette tuile comme un jugement porté sur moi par le monde entier. Comme l'effet de la volonté de celui-ci de me voir disparaître, que l'on proclame enfin mon inefficacité, mon inutilité fondamentale.
U N Q U O T E

C'est tellement bien dit ! C'est tellement exactement ainsi que je l'ai toujours vécu ! Cet insondable sentiment d'inadéquation et d'inefficacité. Et, pire que tout : d'inutilité ! Tellement terrible que parvenue en fin de droit de mon assurance chômage (malgré un CV long comme le bras) j'ai même songé à en finir...


J'ai été prolixe. Tant pis ! C'est pour la bonne cause :-)
Aujourd'hui, je vais mieux. J'ai compris les mécanismes de mes échecs, mais je ne sais pas encore tout à fait qui je suis vraiment, car le faux-self colle longtemps à la peau. Je cherche toujours. Je cherche à savoir si ce que je veux est VRAIMENT ce que je veux. Et petit à petit, j'espère faire émerger la vraie moi et trouver ma place au soleil. Et là, je ne laisserai plus les autres m'en déposséder.

Je t'embrasse très fort et te souhaite plein de belles rencontres, parmi lesquelles la plus belle sera toi-même.

Mim'
______________________________
Un importun, c'est quelqu'un qui vous prive de votre solitude sans parvenir à être une compagnie.
yves
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Re: mon histoire de sur-efficient... ça reste chaud!

Messagepar yves » 19 août 2012, 14:28

Bonjour Zeb,

Sorry, les vacances (avec séjour loin d'internet et de l'ordinateur) ont fait que j'ai pris un petit temps pour te répondre, mais je trouve très intéressant de pouvoir dialoguer avec les gens de la communauté.

Merci pour les 2 références bibliographiques. J'ai eu "Trop intelligent pour être heureux" de Jeanne Siaud-Facchin dans les mains, il y a quelques temps. Je n'ai pas vraiment accroché, mais j'ai essayé de lire ce livre pour faire plaisir à quelqu'un et dans une période de ma vie qui allait plus simplement son train (entre autre, j'avais un emploi). Tandis que le livre de Christel P. je l'ai trouvé alors que j'étais en (re)demande d'infos, que j'étais dans le doute. J'ai démarré un projet de reconversion professionnelle et je me suis rendu compte que je m'enferrais dans des plans, rêves, résistances et autres pièges mentaux qui me poussaient doucement dans l'impasse (impasse dont j'essaie encore de sortir). J'avais encore besoin de recevoir des explications sur mon cas.

Le fait d'"Être un surdoué", j'ai commencé à entendre parler à l'école primaire, puis à l'athénée quand j'ai décroché. On ne comprenait pas pourquoi. Mais moi non plus je ne comprenais pas pourquoi. Le seul truc cohérent à dire c'est que je n'aimais pas l'école. Mais comment est-ce que j'aurais pu l'aimer alors que je me retrouvais dernier de classe avec des messages négatifs de toute part (parents, profs, et même condisciples). Plus tard, des process thérapeutiques, j'en ai entrepris quelques-uns mais pas vraiment avec la question du surdon au centre de mes interrogations. Adulte, c'est plutôt la question de la solitude affective, de l'échec amoureux, de l'impossibilité de fonder une famille qui s'est trouvée au centre de mes préoccupations. Et là, j'avoue que je ne voyais pas moi-même pourquoi j'aurais fait un lien entre la question de mon fonctionnement mental et les raisons pour lesquelles mes petites amies se tiraient les unes après les autres. Donc, oui je découvre des choses avec le livre de Christel P., entre autre qu'il y a peut-être un lien à établir entre ce fonctionnement -qualifié de "surefficient"... mais j'ai des doutes à croire que je sois un "sur-" en quelque domaine que ce soit!- de ma pensée et le fait que lorsque j'espère que ça se passe bien pour moi, simplement de la manière dont en général ça se passe pour les autres, et bien ça ne rate jamais: ça rate.

J'ai également mis beaucoup de temps à comprendre et à domestiquer mon manque de concentration. Auparavant un cours, une réunion, c'était pour moi le lieu de toutes les rêveries. Au début je n'y voyais pas à mal, pas de risques, mais j'ai dû apprendre à "m'acrocher mentalement", à faire l'effort de prendre des notes pour rester concentré, pour rester présent... parce que si je n'y fais pas attention, je me retrouve toujours largué -intelligence ou pas, qui c'est qui passe pour un con quand il faut se faire réexpliquer les plus banales des choses que les collègues viennent de discuter deux heures et qu'on a rien retenu-. Je sors du livre de Christel P. avec le sentiment qu'il faut encore que j'y fasse plus attention, que je travaille des nouveaux trucs pour rester isolé et concentré (par exemple maintenant, lorsque je lis ou lorsque je rédige quelque chose, je fais l'effort de me mettre des MP3's de bruit (du pure whitenoise, rain ou nature sounds que je trouve sur youtube, son d'aspirateur ou de sèche-cheveux en boucle... ceci n'est pas une blague) dans les oreilles. Ca isole et ça augmente ma productivité. Ca faisait des années que je m'interrogeais en étant invité chez des gens: comment font-ils pour suivre la conversation alors que dans la même pièce, ils ont laissé le poste de télévision allumé et qu'on y débite en continu de l'information, ou même des conneries: je ne parviens jamais à ne pas écouter la télévision, et dans le même temps tout le monde a l'air de pouvoir discutes sans prêter attention à ce qui passe à la télé. Par contre, contrairement à ce qu'on raconte dans le livre, je ne maîtrise pas les deux activités (conversation et télévision en même temps), au contraire, ça m'épuise vraiment, rapidemment je n'en maîtrise plus rien du tout. Et comme les évènements sociaux (cocktails, réunions, repas) font partie des moments de ma vie que je redoute le plus parce que je ne parviens jamais à y rester mentalement présents, que je décroche d'ennui et d'épuisement toujours avant les autres, j'ai également été soulagé de trouver la description du mécanisme qui préside à ce qui pour moi est trop souvent vécu comme une innéficience sociale dans le livre de Chrustel P..

Je vois dans ton récit que tu as choisi de te taire lorsque, à l'armée, tu as surpeformé aux tests d'intelligence. J'ai eu le même réflexe et on fait sans doute tous pareil. Perso, à l'école, je n'allais pas non plus informer tout le monde d'une soi-disant intelligence alors que je trainais en fond de tous les classements scolaires, que je ne maîtrisais pas le code et que, pour dire la vérité, je ne comprenais même pas moi-même pourquoi je n'y arrivais pas. Je suis prêt à parier qu'on se tait parce qu'on ne veut pas faire de vagues, parce qu'on ne veut pas rentrer dans la confrontation que ce discours va engendrer avec ceux qui plaque sur le monde leur propre système de valeurs (un de mes profs de math à qui ma mère était aller parler -à cause de mes résultats catastrophiques!- et cherchait des conseils, racontant à ce prof que j'avais fait d'excellents tests de QI s'entendit répondre que "réussir les tests de QI ça ne prouvait qu'une chose c'est qu'on savait réussir des tests de QI", point!). Vers l'extérieur l'info de notre "intelligence" ne semble jamais corroborer qu'une chose: c'est que si on a des problèmes c'est entièrement de notre faute (paresse, mauvaise volonté, égoïsme, égocentrisme). Mais je crois qu'il y a un piège plus profond dans le silence: c'est celui de l'auto-absolution que confère ce savoir secret qu'on tient en nous et qui dit, contre toutes critiques et revers qu'"au fond, ce que je sais de moi c'est que je suis intelligent". Et que malheureusement , un temps, ça peut suffire. Mais ça isole! J'ai longtemps vécu dans mes rêves, encore maintenant. Et je me racontais que ce qui ne marchait pas était dû à ma différence, que ça n'avait pas tant d'importance et qu'on pouvait me juger comme on le voulait puisqu'au fond, j'étais -excuse le mot!- "supérieur", ou si pas "supérieur", "différent". Et le secret, la modestie épargne d'avoir à faire la preuve de ce que l'on pense de soi. Je crois en la nécessité de parler de parler de sa propre "surefficience". Et c'est en tous les cas un des bienfait d'un livre comme celui de Christel P., en présentant les choses d'une manière plus "clinique", plutôt sous la forme d'un "problème" que de l'histoire de gens qui sont hors du commun et doués, on peut renouer le dialogue avec les autres, et peut-être aussi faire un jour quelque chose qui apporte quelque chose de moi au monde dans lequel je vis.

Et j'en arrive à la question de l'imposture et de la récurrence dans le changement de projet ou d'activité. Chez moi, le symptome Ce que j'appelle le "syndrome de l'imposteur" c'est une peur, parfois virulente en tous les cas lanscinante, que "quelqu'un" va venir un jour me dénoncer comme "quelqu'un qui n'est pas à sa place", quelqu'un qui "usurpe quelque chose": un titre, une fonction, la réputation d'un savoir-faire... Dans ma tête, c'est susceptible de se passer là où pourtant j'ai trouvé du travail ou acquis un diplôme. Naturellement, à ce moment, ce "quelqu'un " prend les mesures qui s'imposent pour me mettre à l'écart: je suis licencié de mon travail, je suis interdit de fréquentation de l'école ou du lieu dans lequel j'essayais de faire ma place, je dois rendre les papiers qui me donnaient une certaines reconnaissance ou bien ils sont déclarés faux, érronés, je suis dénoncé devant toute la collectivité (mes ex-collègues, d'autres employeurs vers lesquels j'aurais pu me tourner)... Donc je vis avec la menace est que tout s'effondre d'un coup et avec les plus graves conséquences sociales, sur le simple motif que "les autres" viennent enfin de découvrir "qui je suis vraiment". J'ai vécu avec une peur vraiment bien tangible, bien présente des situations comme celle-là. Par exemple, un temps, j'ai enseigné dans des écoles de l'enseignement secondaire, et j'ai vécu l'épreuve de cours que j'avais à donner dans une angoisse qui passait le rationnel parce que je me représentais mentalement des scènes où je voyais le directeur de l'école ou d'un hypothétique inspecteur entrant avec fracas dans ma classe et me sommant d'arrêter sur le champ ce scandale au motif que le contenu de mes cours c'était de l'escroquerie, etcetera... Et, plusieurs fois, j'ai appelé des lignes d'aide téléphonique la veille de mes cours pour essayer d'y voir clair, de chasser ses peurs, pour chercher à évacuer cette pression. Pourtant, je suis diplômé universitaire en philosophie et en informatique, j'ai l'aggrégation qui me permet d'enseigner... mais ça n'y change rien. J'ai l'impression -ou pour dire vrai, j'avais l'impression parce que j'ai tout de même un peu évolué...à 51 ans, il est temps!- justement que la possession de ces diplômes est ce sur quoi on va vouloir revenir, comme si tout d'un coup le corps professorral se rendait compte de l'erreur qui s'était glissée quelque part et qu'il fallait d'urgence qu'on me suspende dans mes activités.

Je suis un jour tombé sur le livre du philosophe français Louis Althusser ("l'avenir dure longtemps"), qui pour rappel était dans les années soixante, l'un des penseurs français les mieux considérés, et professeur à l'Ecole Normale Supérieur de Paris, une référence mondialement respectée pour ses connaissance concernant le marxisme, qui raconte à peu près quelque chose du même genre: cette angoisse de la dénonciation, cette croyance interne d'être soi une sorte de mystiphication qui faudra bien expier un jour. Je crois que c'est là que j'ai rencontré pour la première fois l'expression " syndrome de l'imposteur" qu'il appliquait à son propre cas, sa propre souffrance. Il a fait des années d'analyse et à vécu le malheur d'être le propre assassin de sa femme au cours d'une de ses crises d'angoisse dont il était vicitime et coutumier.

Voilà, je vais arrêter là. J'écris trop sinon. Peut-être à bientôt parce qu'il y a 1 ou 2 trucs dans ton message dont j'aurais encore voulu parler.

Encore merci pour le message,
Yves
sahmionur
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Enregistré le : 31 mars 2012, 17:04

Re: mon histoire de sur-efficient... ça reste chaud!

Messagepar sahmionur » 20 août 2012, 09:39

Bonjour, et bienvenue !

Ton message est lourd de vécu et de vérité. Une chose qui ressort de tout vos messages est cette impossibilité à rentrer dans les moules que la société nous a gentiment préparée. Il en découle tout un tas de sentiments difficile à gérer seul. Mais je suis heureux de voir des voyages aussi vrais à l’intérieur du Soi.

Alors courage, les choses changent. Un autre point sur lequel j'aimerais m'exprimer : j'ai toujours senti ma sensibilité, non pas comme de l'hypersensibilité, mais tout simplement tel quel. Peut être la majorité des personnes n'est pas assez sensible, connectée sur son monde intérieur (alors que tout nous pousse à AVOIR, et non à ÊTRE). J'ai toujours fait la différence entre être un homme/femme , chose accordée par la naissance, et être humain. Les choses bougent, et ça c'est plutôt bien !

Au plaisir de discuter avec vous tous !

Douce journée sur Terre, ou ailleurs d'ailleurs ...
zébrâne3
Messages : 579
Enregistré le : 05 févr. 2009, 17:30

Re: mon histoire de sur-efficient... ça reste chaud!

Messagepar zébrâne3 » 20 août 2012, 21:20

bonsoir yves, bien les vacances ? :)


> Par contre, contrairement à ce qu'on raconte dans le livre, je ne maîtrise pas les deux activités (conversation et télévision en même temps), au contraire, ça m'épuise vraiment, rapidemment je n'en maîtrise plus rien du tout.

Certains zèbres souffrent d'un déficit d'inhibition latente, (trop d'infos à trier, le cerveau sature et n'arrive pas à se fermer pour se fixer sur une seule donnée).
JSF ou Adda en parlent, tu devrais trouver des infos sur le net.


> Je suis prêt à parier qu'on se tait parce qu'on ne veut pas faire de vagues, parce qu'on ne veut pas rentrer dans la confrontation que ce discours va engendrer avec ceux qui plaque sur le monde leur propre système de valeurs...
Oui, moi j'aime pas le regard avec lequel ils me regarderaient si la discussion en venait là ^^.
(mais j'aurais exactement la même réaction si je parlais de sport: je performerais dans une discipline, je me tairais face à d'autres qui galèrent; je vois même pas pourquoi j'emploie le conditionnel, j'ai plein de souvenirs de ce type en fait)

>J'ai longtemps vécu dans mes rêves, encore maintenant. Et je me racontais que ce qui ne marchait pas était dû à ma différence, que ça n'avait pas tant d'importance et qu'on pouvait me juger comme on le voulait puisqu'au fond, j'étais -excuse le mot!- "supérieur", ou si pas "supérieur", "différent". Et le secret, la modestie épargne d'avoir à faire la preuve de ce que l'on pense de soi. Je crois en la nécessité de parler de parler de sa propre "surefficience".

"Marrant", j'avais le même type de jardin secret, ça me donnait une confiance inébranlable en moi; j'ai grandi depuis :( , mais j'en ai quelques restes, ça me permet de garder la tête haute face à ceux qui me jugent (de haut), je me dis: "cause toujours, je sais ce que je suis, ce que je vaux, et je t'emm..." :p).
Mais le secret "obligatoire" sur ma surref me pèse, j'aime trop les moments où je suis avec des personnes qui s'en contrefichent et avec qui je peux parler de ce "secret"... (et ce ne sont pas que des sureffs, juste des personnes qui ne jugent pas, qui ne se prennent pas la tête quoi).


au plaisir, Zeb. :hello:
Lophophora
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Localisation : Condécourt (95)

Re: mon histoire de sur-efficient... ça reste chaud!

Messagepar Lophophora » 11 déc. 2012, 01:04

Bonjour et merci d'avoir pris le temps de t'ouvrir de la sorte, c'est difficile de se sentir suffisamment en confiance pour le faire mais pour nous autres, ça fait toujours du bien.

Ayant peu de temps (quelques nuits blanches de lectures, de ce forum entre autres, à rattraper), je n'interviendrai que sur un point :

Je voulais monter un nouveau projet professionnel en indépendant, mais pourquoi ce monde qui m'a déjà rejeté quatre fois lorsque je paraissais lui être soumis m'accepterait maintenant que je veux lui faire accepter mes propres idées?


Si cela peut t'aider, j'ai également eu un parcours professionnel chaotique pour ne pas dire foireux : démarrage d'une carrière de musicien immédiatement avortée, commercial dans la sécurité informatique, moniteur de pilotage automobile, puis chef d'entreprise dans le conseil, et parallèlement montage d'une activité (en presque indépendant : 2 associés) de transport routier. Je n'ai pas trouvé ma "voie", mais ce qui est sûr ce que j'apprécie l'indépendance. Je m'y sens un peu plus à ma place, et la relation client-fournisseur est beaucoup plus facile à vivre puisque c'est un jeu de rôles. Je m'arrête déjà là mais je peux développer si tu le souhaites.

A bientôt.
Lophophora

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