39 ans d'un cygne camouflé en canard ?

Se présenter ici, de quelques mots à quelques pages, votre fil vous appartient !
Règles du forum
La lecture des messages est accessible à tous.
En revanche, pour poster sur les forums, il faudra vous inscrire : choisir un identifiant ainsi qu'un mot de passe.
S'incrire sur les forums n'engage pas le GAPPESM et ne vous engage pas quant à votre adhésion future à l'association !
En cas de problème, ou si vous souhaitez des informations sur des fonctions avancées des forums, vous pouvez consulter la Foire Aux Questions (FAQ)

Modération des forums :
Que les posts soient publiés avec ou sans validation les forums du Gappesm sont modérés.
La suppression d'un post peut intervenir avec ou sans avis et explication lorsque le groupe de modération le juge nécessaire. Il en est de même de la radiation d'un membre par le bannissement son compte, adresse mail et adresse IP du forum.

Si vous avez lu le Règlement et la Charte, et que vous vous engagez à les respecter, alors vous pouvez poster sur le forum.
Airfull
Messages : 3
Enregistré le : 11 mai 2019, 08:04
Localisation : Île de la Réunion

39 ans d'un cygne camouflé en canard ?

Messagepar Airfull » 11 mai 2019, 17:41

Bonjour

Je me suis inscrit ce matin sur le forum et comme il est coutume de se présenter :allons y !
Airfull, 39 ans, qui vient tout juste d'apprendre qu'il est un cygne qui vit dans un monde de canard. Comment j'ai appris ça ? Grâce a un psychothérapeute que je suis allé voir parce qu'un peu désespéré en ce moment et à la recherche de la moindre aide qui pourrait me sortir de cette situation.
la situation, la voici : je suis enseignant dans le secondaire depuis 2003 et je dois avouer que depuis ca va de mal en pis. Dans les premières années ca allait plutôt même si c'était difficile car mon manque de confiance en moi et mon perfectionnisme m'ont fait énormément travaillé. J'ai fini par développer une phobie sociale accompagnée d'attaque de panique quand je dois m'exprimer en public (avec les adultes pas avec les élèves) . Plutôt contraignant dans ce métier non ? Jusqu'au jour où après avoir trop tiré sur la corde combiné a des événements familiaux, mon corps a dit stop. Du jour en lendemain, je me suis retrouvé incapable de marcher, un séjour de 15 jours a l'hôpital avec tous les tests possibles et le diagnostique suivant des médecins :"c'est peut être un guilain barré...". En gros, ils n'ont rien trouvé et j'ai du admettre que c'était psychologique.
Depuis ce jour, je me suis juré d'en faire moins, ce que j'ai fait mais ca n'a pas empêché les choses de se dégrader. Aujourd'hui, j'en suis arrivé au point que je me demande si je peux encore continuer ce métier. Les années se suivent et se ressemblent (pendant les vacances, on recharge les batteries mais sans rien faire d'extraordinaire car trop crevé pour faire quoique ce soit, puis on reprend, en fin de période ca commence a flancher et parfois, je prends un arrêt de travail et /ou un traitement pour pouvoir continuer. C'est ce qui s'est encore produit récemment.

Mais quel rapport avec la surefficience me direz-vous ? Et bien, ce fameux thérapeute m'a demander de lire un livre que vous devez connaître il me semble "je pense trop". Je ne saurais dire si ça été une révélation ou un choc. Je ne suis pas un gros lecteur mais je l'ai reçu dans la soirée, je l'ai fini le lendemain matin. J'avoue avoir versé quelques larmes sur la fin tellement j'avais l'impression que tout était écrit pour moi. Je ne me reconnaît pas 100% avec ce qui est dit mais il y a une bonne partie où je me retrouve dans ce qui est dit. Je n'ai pas trop de mal à citer des exemples ou des anecdotes pour illustrer tout ça.
Une très grande sensibilité qui fait que je me sens littéralement agressé lorsqu'il y a un conflit avec un élève (et il y en a de plus en plus). Je supporte de moins en moins le bruit,surtout que je vois et j'entends parfaitement que le groupe d'élèves situé au bout de la salle ne travaille pas et parle d'autre chose que du cours. J'entends même lorsqu'ils m'insultent alors qu'ils pensent qu'on ne les entends pas. Je ne comprends pas les élèves (voir les collègues) qui prennent un malin plaisir à me faire péter un câble (méchanceté gratuite). Il m'arrive parfois de me braquer ou de refermer lorsque je fais une remarque une remarque à quelqu'un parce que je sais que j'ai raison mais cette personne me réponds sèchement car elle n'apprécie pas ma remarque.
Plus généralement, ça fait un moment que je me dit qu'il y quelque chose qui ne tourne pas rond dans ce monde ou alors que j'ai un problème. Le réchauffement climatique va tous nous tuer ? Tout le monde s'en fout ! Pourquoi ne pas respecter les limitations de vitesse ? Il y aurait moins de mort sur les routes ! C'est tellement simple de s'alimenter correctement pour être en bonne santé et diminuer le risque de maladies ! Mais tous ces gens qu'est-ce ce qu'ils ont dans la tête ?... Et je pourrais continuer longtemps comme ça.
Je n'ai que peu d'amis voir pas du tout. Je ne sais même pas comment j'ai fait pour réussir a rencontrer ma compagne. J'ai très longtemps été isolé, me réfugiant dans ma passion (les jeux vidéo) pour stopper le petit vélo qui tourne en continu dans ma tête, petit vélo qui me fait penser à une activité que je pourrais faire avec mes élèves alors que je suis en train de conduire...
J'ai lu un message sur le forum d'une personne pour qui le travail (enseignante) était un refuge et l'aidant à tenir. Moi c'est l'inverse,ça me tue à petit feu. Le problème c'est que ce n'est pas une décision facile à prendre. J'imagine déjà les conséquences de cette décision et ça va être difficile comme un saut dans l'inconnu. J'ai un bon salaire et la sécurité de l'emploi et des vacances d'un autre côté ça affecte ma santé, je suis souvent déprimé, je ne rit pas beaucoup. J'ai le sentiment que ce que je fais n'est pas génial, on (je) pourrais faire tellement plus mais vu les conditions de travail, je vais m'epuiser dans un système qui n'a plus de sens, où la bienveillance prime au détriment de la justice ou de valeurs qui me sont chères comme le travail, l'effort, l'implication.

J'ai mis un point d'interrogation dans mon titre car il y a une partie de moi qui se dit que peut être que ce ne sont que des coïncidences. Parce que maintenant que je sais tout ça, je ne sais pas trop quoi en faire pour m'en sortir. J'ai un peu l'impression d'être un jouet pour enfant : un cube qui doit essayer de rentrer dans un trou rond. Comment faire pour vivre sereinement dans un monde de canard quand on est un cygne?


Merci a ceux qui m'ont lu jusqu'au bout. Peut-être que je trouverais des réponses ici

Cygnement votre
turmeric
Messages : 100
Enregistré le : 26 mars 2019, 10:08

Re: 39 ans d'un cygne camouflé en canard ?

Messagepar turmeric » 12 mai 2019, 03:36

:hello:

Bienvenue à toi Airfull ! C'est amusant de voir 2 personnes du même âge parler du même livre dans la même journée (synchronicité ?), mais je ne pourrais rien dire de plus à ce sujet, car je ne connais pas ce livre. Mais le titre est suggestif, "penser trop" corrèle assez selon moi beaucoup de maux de notre temps. Mais en même temps, notre temps nous incite et nous félicite à le faire à outrance, tout en faisant que nous sommes maintenant tous étroitement connectés.

Je me demandais en lisant quelle(s) matière(s) tu enseignais. Excuses moi si j'ai raté cette information. Je me demandais aussi si tu allais mieux physiquement, même si j'imagine que tout pèse toujours son poids sans arrêt. Et je me demandais aussi si tu connaissais ton type MBTI, même si tout le monde n'accorde pas vraiment la même importance à ça, pour des raisons personnelles ou par esprit de zététique inconditionnelle. ( voici un lien si tu souhaites en savoir plus : https://fr.wikipedia.org/wiki/Typologie_jungienne )

Excuses ma culture mais ton titre, enfin sa métaphore/analogie du cygne camouflé en canard me fait penser au film "Very Bad Cops" (The Other Guys), et l'expression idiomatique du paon. Le film, sinon, est une comédie satirique, probablement pas la meilleure, mais je la trouve sympathique malgré son côté américain par moment. C'était le moment digression.

Je ne peux pas vraiment envier ta situation, elle semble vraiment compliquée et pesante. Ce serait triste de quitter cette carrière, non ? Mais comme tu le dis, ou comme le disait Sartre, l'enfer c'est les autres. Oui, pourtant je n'aime pas trop cet homme qui est trop "noir", mais il y a beaucoup de sens dans cette phrase. Aujourd'hui, comme tu le soulignes, il y a une sorte de bienveillance qui dérobe à la justice son rôle et son coupant. Le progressisme (progressivisme ?) fait partie de ce tout je pense, et sa composition ou son essence explique peut-être pourquoi tout déraille un peu partout, sans perdre pour autant de vitesse, explosant de part et d'autres. Si on se retourne et qu'on regarde attentivement, nos "parents" s'appellent Sophisme et Philosophie. Pour moi, le progressisme tente de devenir philosophe en étant sophiste. Sauf qu'à la base, les sophistes oppriment les faibles et s'en servent de faire valoir ou de vaches à lait (grâce à leurs mécènes). La justice émulée par ce mouvement est vindicte, elle n'est pas là pour défendre mais pour nuire aux nuisibles. Sauf que cerner la nuisance est une utopie.

Je crois qu'il est clair que nous pensons trop, même si on nous pousse toujours à le faire, encore et encore. De base, en tant qu'humains, c'est déjà ce que nous faisons. Mais le problème ne tient pas vraiment à ça, c'est un second problème. Le vrai problème est que nous ne pensons pas assez. Enfin, pas nous, mais les "béotiens" comme dirait quelqu'un que je connais. En vérité, c'est plutôt que nous ne réfléchissons pas assez, car penser, ce n'est pas réfléchir. Mais ce qu'on entend par "trop penser", selon moi, tire plutôt sa source de la dualité pensée/intuition. Et visiblement, ce thème est vieux, et n'a jamais été résolu, mais aboli par la sainte psychologie. Seulement, la psychologie a imposé son paradigme : nous sommes notre pensée (ce qui est une énormité, mais plutôt ce que nous devenons lorsqu'on ne réfléchit pas assez). D'où je préfère Husserl et la phénoménologie, ou juste la maïeutique, car non dogmatiques.

Il est possible que les autres sentent les efforts que tu fais pour garder le cap, sans percevoir la partie immergée de l'iceberg. Peut-on reprocher aux idiots d'être eux-mêmes ? Ca serait idiot d'essayer, mais légitime, oui. En tout cas, volontairement ou non, ils en profitent. On ne peut pas vraiment arriver à d'autres conclusions, sauf qu'ils ne savent pas vraiment en fait. La seule chose probablement sûre, c'est que ça les amuse. Enfin, vu qu'ils sont idiots, ils rient sans comprendre. Ils se baisent la main, comme JC Convenant, mais personne "n'en veut".

Mais que penser de ce litige ou cette angoisse, avec d'autres adultes ? Ils te fatiguent ? Tu veux les gifler, ou leur taper sur la tête comme dans le Benny Hill Show ? Fais attention qu'ils ne soient pas cannibales. Je ne te dirais pas que tu as tort, ou que tu as raison. Je pense juste que même s'ils méritent d'être ignorer, les bannir, c'est se bannir soi-même. Il faut toujours faire attention au radicalisme de nos idées, peu importe si elles sont belles. Et se sacrifier, et bien c'est assez littéral en fait. Malgré tout, tout le monde mérite de pouvoir partager ses idées, son enthousiasme, etc. C'est vital. Mais pousser ça à outrance est un vice il me semble.

Ce ne doit pas être simple de tenir la cadence, entre cours, vacances, corrections, et autre plaisirs de la pédagogie. Mais tu devrais essayer de te confectionner un petit "duvet" ou nid, et d'essayer de n'y voir que des choses agréables. Parallèlement, tu devrais essayer de parler et de vider ton sac, d'en rire ! Il n'y a pas de mal à ça, car tu ne le feras pas pour t'étaler, mais juste prendre mieux soin de toi. C'est pas sage de sous estimer tout ça, mais j'imagine que tu sais tout ça, probablement plus que moi (même si on vit tous des choses plus ou moins similaires). Si tu n'as pas l'opportunité de le faire, et bien persévères (tous mes voeux de chance) ! Ce sera déjà une bonne chose de faite lorsque tu pourras faire ça, même si ce n'est pas magique. Il ne faut jamais oublier que l'enfer est pavé de nos bonnes intentions. :twisted:

Finalement, tu devrais essayer de reconsidérer tout ça, je suis persuadé que tu peux remettre de l'ordre dans tout ça, sans pour autant devenir un tyranosaurus rex ou un simple dodo. Tu as des choses à dire, en plus tu es enseignant, donc c'est clair que tout ça te tient terriblement à coeur. Mais la vie ne semble pas vraiment nous tendre la main. Mais la vie, ce n'est pas les autres. La vie nous tend la main, ou le pied. Tu es enseignant, tu tends la main, c'est toi la vie donc. Je ne pense pas être la bonne personne pour dire ce que tu as à faire, ou devrait essayer de faire. J'ai juste essayé de parler de tout ça pour partager avec toi, pas pour le meilleur ou pour le pire, juste partager.

Si ça te donne envie de répondre, fais-toi plaisir !

J'espère que tu trouveras ici, dans la savane, un peu d'eau fraîche (fais attention quand même, les animaux font leurs besoins dans la nature ...!), au pire, je suis sponsorisé par COCACOLA..

:jap:
Airfull
Messages : 3
Enregistré le : 11 mai 2019, 08:04
Localisation : Île de la Réunion

Re: 39 ans d'un cygne camouflé en canard ?

Messagepar Airfull » 12 mai 2019, 10:09

Salut Turmeric

Pour ce qui es du livre, c'est lui qui m'a amené ici. Je pense d'ailleurs le relire bientôt.
Physiquement ça va un peu mieux, j'ai pu faire un peu de sport aujourd'hui.
Tu n'as manqué aucune information, je ne l'avais pas dit dans mon 1er message: j'enseigne la physique chimie.
Merci pour le lien que tu m'as donné. J'avoue ne pas avoir tout lu mais je clairement de type introverti, il n'y a pas de doutes la dessus.
Je ne connais pas very bad cops, peut être un film à voir pour moi ?
Pour revenir sur la citation de sartre, c'est vrai que les autres peuvent être un enfer. Pas tous bien sûr mais dans mon cas, je ne supporte plus les élèves qui ne sont plus capables de concentrer plus de 5 minutes (je devrais dire 1 minute), qui ne font plus d'efforts alors que je met en place pas mal de choses pour qu'ils aient de bons résultats mais en échange quand même d'un peu de travail et d'investissement. Les élèves qui sont insolent et se permettre un peu tout vu que la sanction ne se sera pas si terrible ou alors ils s'en fichent ou ne comprennent pas les conséquences qui encore une fois sont attenenuées par ce système où la bienveillance prime.
Je ne supporte plus les élèves qui ne comprennent pas (oui c'est grave docteur !). D'une part parce que certains ne font pas d' effort pour essayer de progresser, d'autres parts certains essayent mais il y a tellement de boulot à faire avec eux et tellement pas le temps de faire tout ce boulot vu la tonne de boulot (souvent inutile) qu'on a à faire à côté :je suis frustré. Il y a une époque où je prenais beaucoup de plaisir à préparer un cours, à trouver la bonne activité, la bonne animation qui va leur permettre de comprendre, etc. Mais ce temps est révolu, il y a beaucoup de choses qui ont changé, les conditions de travail se sont dégradé. Je suis fatigué d'essayer de m'adapter sans avoir de retour ou de reconnaissance.

Tu disais qu'on ne peut pas reprocher aux idiots d'être idiot. Un ami m'a dit qu'un médecin ne peut pas reprocher à ses malades d'être malade. Par contre, il peut leur reprocher de ne pas prendre leur traitement. Je ne pas reprocher à mes élèves de ne pas comprendre, mais je leur reproche de ne rien faire pour progresser. Il faut aussi admettre qu'il y a d'autres problèmes sous jacents (problème familial, etc.) mais moi j'ai choisi d'enseigner pas d'être assistant social (je ne dénigre pas ce métier mais ceux qui le font ont choisi de le faire, moi on me l'impose, sans compté que je dois assumer la casquette de gestionnaire de labo avec les commandes à faire, l'inventaire, je n'ai plus vraiment le temps de faire ce qui m'intéresse: la pédagogie.)
cette angoisse avec d'autres adultes, je pense que ça vient de mon manque de confiance en moi.

J'essaye de mettre de l'ordre dans tout ça, mais ce n'est pas évident. Ca fait quelques temps que je me dit que j'aspire a plus de sérénité, je ne serais pas contre de gagner moins si je suis plus tranquille et mieux dans ma peau. Mais d'un autre côté, de nos jours (et vu le futur qui nous attend) , peut on se permettre de renoncer à ces avantages?
Quel dilemme.
en tout cas merci d'avoir pris le temps de me répondre, j'espère pouvoir y voir plus clair avec le temps.
Mentounasc
Messages : 212
Enregistré le : 04 janv. 2019, 15:17
Localisation : Environs de Monaco
Contact :

Re: 39 ans d'un cygne camouflé en canard ?

Messagepar Mentounasc » 12 mai 2019, 14:59

Bonjour Airfull, et bienvenue !

Ce que tu décris est tout à fait compréhensible et touche de nombreux zèbres, sans pour autant que ce soit une spécificité.

Commençons déjà par mettre le doigt sur deux points précis : hyperacousie et socialité (avec les adultes).
Il y a des aspects psys dans lesquels on retrouve souvent ces caractéristiques : l'autisme et le syndrôme d'Asperger.
Beaucoup de gens considèrent cela comme sinon des affections ou maladies, au moins comme des troubles. Ils se trompent.
Ce ne sont que des caractéristiques morphopsychologiques un peu particulière, qui parfois apparaissent pendant le développement de l'enfant. On ne peut les considérer comme des troubles qu'à partir du moment où elles empêchent de mener une vie normale.

Evidemment, une vie normale, ça sous entend "par rapport à ce que vivent la plupart de nos contemporains".
Oui mais voilà, la "normalité" est-elle réellement normale ? N'est-il pas juste que dans une population donnée un certain nombre d'individus ne soient pas comme la "majorité" des autres ?
Il faut donc que tu commences par comprendre que tout est relatif ! Les schémas et images qui t'ont été inculqués depuis ton enfance, par l'éducation de tes parents ou l'école, par les médias ou tes rencontres, ne sont pas forcément ceux qui sont adaptés à ta normalité !
Donc, tu dois commencer par "prendre du large" par rapport à ce qui te fait criser. C'est à dire non pas mépriser ou ignorer, mais simplement considérer que c'est un autre monde, et tu verras, ça va t'aider à te détacher de plein de problèmes.

Il faut aussi que tu consultes (un vrai pro, compétent - ça c'est souvent difficile d'en trouver un - et disponible) sur ton problème d'hyperacousie.
Elle existe à différents niveaux, certains sont capables d'entendre une mouche voler à vingt mètres et pour eux la vie est vraiment un enfer, d'autres sont capable de l'entendre à deux ou trois mètres, ce qui est déjà handicapant mais nettement moins.
Si tu parles également à ce pro de ta socialité avec les adultes, il te fera réaliser des tests pour savoir si tu as des tendances ou des caractères autistes ou asperger.
Le savoir t'aidera également à mieux diagnostiquer tout ce qui te cause problème et mettre au point ta propre méthode de détachement, comme je l'expliquais plus haut.

Chacun de nous a un ou des soucis, et chacun doit trouver ses propres solutions, car il y en a. Mais elles sont toutes individuelles, il n'y a pas "une" réponse, mais des milliers, et tu es donc au bon endroit pour te documenter, lire les expériences des autres, puiser dans leurs remèdes pour voir si le tien ou une partie du tien ne s'y trouve pas.
Ne néglige pas non plus d'autres lieux - par exemple d'autres forums zébrés - mais souviens-toi toujours que tout le monde n'est pas blanc ou noir, et qu'il y a des gens qui sont peut-être adorables pour 99% de leur entourage et toxiques pour le pourcent qui reste. Tu dois donc aussi développer ton sens critique dans tes rapports, en particulier avec les zèbres, même ceux qui ont l'air convaincants (comme moi par exemple lol lol lol).

A bientôt
Mentou
Nihil Nisi Silentium Timet !
turmeric
Messages : 100
Enregistré le : 26 mars 2019, 10:08

Re: 39 ans d'un cygne camouflé en canard ?

Messagepar turmeric » 13 mai 2019, 04:09

Merci pour ta réponse Airfull !

Le film que je citais était là juste par courtoisie, peut-être qu'il ne sera pas à ton goût. Mais tu as bien cerné l'idée de profiter d'évasion et de sérénité.

Content que ça aille mieux, la douleur physique est plus narquoise que la douleur mentale, mais les deux en même temps, c'est vraiment l'angoisse. Merci pour tes précisions sur ton introversion (je suis aussi introverti) et sur la matière que tu enseignes ! C'était toujours amusant d'avoir ces cours, même si ils mènent souvent à faire les pitres, avec les blouses, les lavabos, les bec Bunzen, les pipettes ... que de bons souvenirs ! Mais aussi les cours qui vont avec, même si le programme de seconde était assez lourd à digérer mais bien plus profond. Mais je comprends cette exacerbation face à des jeunes si mous et intolérants en même temps. L'âge bête ? Ils ne sont pas aidés, smartphones, endoctrinements sociaux, sans oublier les bases de tous les problèmes (famille, vie, etc).

J'ai envie dire quelque chose que ne (te) plaira pas forcément, mais est-ce qu'être enseignant est la meilleure façon de tirer de l'estime ou de la reconnaissance de ce qu'on fait ? En théorie oui, enfin plus que golfeur. Mais en pratique ... l'enseignement c'est un peu un flic sans casque, sans gilet, sans giro et sans matraque (!!). Je suis certain que nombre de tes élèves apprécient tes cours, même s'ils ne le diront jamais (au contraire, le mépris est un peu comme le poil au torse). Mais je suis sûr que même les pires garderont un souvenir de toi. Je ne dis pas qu'ils sont des agneaux, ils y a toujours des crétins narcissiques qui n'aiment que leur bocal. Mais cette reconnaissance, existe-elle ?

Si on ne suit pas son traitement, on délégitimise notre légitimité. Mais est ce que le refus de l'autorité (avec une part de bêtise) est la même chose ? Y'a-t-il un traitement pour être humain ? Je sais que je suis un peu hors sujet, mais il y a une bonne part d'ingratitude à bien faire les choses. Cela me rappelle une fois que je parlais avec mon oncle (je dirai juste qu'il a un doctorat sans préciser son métier, pas comme argument d'autorité hein, juste pour avoir une idée des métiers qui nécessitent un doctorat, donc une thèse). Il me disait que parfois, on est dans la boue. Et que parfois, on n'y est pas, mais elle est juste devant. Faut-il éviter cette boue ? Ou faire ce qu'on croit juste ? C'est difficile de trouver la meilleure solution au problème, mais je pense que cette crasse autour de toi ne dit pas seulement que tout va mal. Tu essayes juste de maintenir la barre dans la tempête. Mais si tu te fais emporter par elle, que se passera-t-il ?

Seulement, c'est vrai que tu fais probablement déjà tout ce que tu peux, surtout si tu dois porter la casquette du prof cool et ouvert, alors que tu l'es déjà mais que les conditions sont excécrables. Ces mômes ou même ces gens, même si on a tous nos problèmes, ont probablement plus de marge que toi pour supporter ou ne pas aggraver les choses. Mais ce n'est pas ce qu'ils font.

Cela me fait penser aux profs que j'ai eu, certains cools, certains mesquins, d'autres stricts, et d'autres toujours absents (prof de philo). As-tu déjà revu d'anciens élèves ? As-tu eu la visite de certains de leur propre chef ? Il y a plein de prof ou de pions que j'aimerais bien croiser, mais ça n'arrivera jamais. Y en a-t-ils qui pensent à eux ?

Je pense que tu as une bonne et correcte confiance en toi, même si je comprends que le rapport aux autres ne soient pas aussi simple que de changer le rouleau de papier toilette. En tant qu'introverti, on perd de l'énergie au contact des autres. Les extravertis eux en perdent en étant seuls. Après c'est juste les grandes lignes, les excès ne sont bons pour personne. Ce qui me fait dire que tu as confiance en toi, c'est le fait que tu aies tes propres idées, convictions, que tu oeuvres pour elles. Sans confiance, on suit juste le vent, ou la marée, et on a des flatulences !

Peut-être que tu devrais essayer de reconsidérer l'image de prof que tu partages, tu n'es pas le parent des élèves, tu es leur ami au mieux. Tu leur dis ce qu'ils doivent savoir, ce qu'ils doivent faire d'eux-mêmes. Ils ne comprendront pas avant longtemps, peut-être jamais ce que tu as vraiment fait pour eux. Mais tu l'auras fait. Mais que penser lorsqu'ils ne pigent rien à rien, et qu'ils deviennent sales ? Renvoies leur leur mépris. Tu n'es pas leur parent. Ils sont libres d'être bêtes. Parfois, ça fait du bien de nager dans sa boue. Mais c'est cruel car que tu réussisses ou pas, tu auras probablement peu de reconnaissance. J'imagine que s'ils comprenaient, tu obtiens cette reconnaissance officieusement et que c'est amplement suffisant. Je te souhaite juste bon courage et j'espère que tu ne baisseras pas les bras, tout en espérant que les choses changeront. Peut-être pas drastiquement, mais suffisamment pour te redonner l'envie de la danse !

Faut-il abandonner les sans espoirs au profit des plus doués ? Il faudrait, mais je pense que c'est mal considéré les tenants et les aboutissants. Les plus doués s'en sortiront, il ne faut pas non plus les ignorer, féliciter les méritants est important, car on crée tous un peu le futur et la vérité. Effet golem, effet pygmalion, effet domino's pizza ... Pardon, digestion.

Après la pluie, le beau temps il parait. Mais des fois, il fait nuit après la pluie, et il pleut à nouveau le matin. Il faut atomiser les nuages peut-être ?

Si je peux me permettre un lien musical : https://www.youtube.com/watch?v=tDfih5MyNm0
Si tu ne souhaites pas l'écouter, je peux résumer ce qu'il y a à l'intérieur. On entend des rires d'enfants, et une voix qui dit "Écoutes moi bien jeune ... je sais que tu travailles mal à l'école ... mais si tu continues ... c'est mon néqubdfe efzhpiezer !" Ce qui sous entend que lorsqu'on (se) néglige, plus tard, on entendra et verra des choses floues, qui ne sont que la reconnaissance qu'on reçoit de nous même pour ces choses négligées. Que si on écoute pas, plus tard on ne comprendra rien. Et ça sera loin d'être drôle. On peut dénigrer le monde, mais pas s'étonner ensuite qu'il nous dénigrera. Les jeunes devraient savoir ça, mais nous vivons dans une dystopie. Et bientôt, avec le transhumanisme, ce sera pire, même si c'est déjà le cas.

PS: je pense que Mentou a explicité ce qui n'est pas ce que j'explicite le mieux. Les points qu'il énonce sont assez proches de ce que je n'ai pas volontairement inclus. Prendre du recul, réorganiser ces "normes", et autres. Même si je m'en inspire toujours fortement, mais à ma façon, car comme il le dit : le remède est personnel. Mais je n'aime pas vraiment parler de tout ça comme ça, ça fait trop camboui sur les mains, voiture les 4 roues en l'air. Moi en fait, je sniff du curcuma, donc je m'imagine plus comme le bureau de Tony Montana, derrière une montagne jaune-ôcre, avec une chemise de vacances, et une tête entre Bud Spencer et Terence Hill.
Airfull
Messages : 3
Enregistré le : 11 mai 2019, 08:04
Localisation : Île de la Réunion

Re: 39 ans d'un cygne camouflé en canard ?

Messagepar Airfull » 13 mai 2019, 05:47

Bonjour Mentou

Je t'avoue qu'il m'est déjà arrivé de me demander si je n'étais pas un peu autiste sur les bords comme on dit mais je n'ai jamais creusé plus que ça.
Concernant l'hyperacousie, quand tu dis que je dois consulter un vrai pro, tu penses à un psy ? un ORL ? autre ?
En ce moment, c'est assez difficile moralement car je me sens perdu, dans le brouillard. Hier matin, je me suis motivé pour sortir et faire du sport histoire d'essayer de remonter la pente. Dans l'après midi,j'ai voulu faire une sieste avec ma compagne mais impossible de fermer l'oeil. S'en est suivi une discussion sur mon envie de démissionner ce qui a eu pour effet de me soulager un peu, m'enlever un poids. Dans la soirée, j'ai été assailli par le doute, est ce que c'est la bonne décision ? vais je pouvoir m'en sortir ? retomber sur mes pieds?
Comment l'a dit le psy qui m'a fait découvrir le livre "Je pense trop", pas sur que les problèmes disparaissent si je change de boulot.
En tout cas merci pour les éléments de réponse que tu apportes, je vais continuer à creuser mais il me faut du temps et actuellement j'ai un l'impression qu'on m'ordonne de me reposer vite (médecin pas très ouvert à un arrêt de travail longue durée) pour pouvoir reprendre le boulot la semaine prochaine, ce qui me parait actuellement inconcevable.