Fabrication Gel hydroalcoolique (recette expliquée et commentée)

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Mentounasc
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Fabrication Gel hydroalcoolique (recette expliquée et commentée)

Messagepar Mentounasc » 08 mars 2020, 12:50

Fabrication de Gel hydroalcoolique

Le principe d'un tel gel est de pouvoir utiliser facilement un produit antiseptique d'une part sans répandre de partout du liquide, et éviter ainsi tout gaspillage, et, d'autre part, de distribuer un produit avec le dosage adéquat d'agents désinfectants.

Le nom du produit ne reflète cependant pas ses capacités, car il ne peut être composé uniquement d'alcool et d'eau. L'action de l'alcool est en effet bactéricide car il fixe les microrganismes en un endroit, mais seul, il ne peut tous les tuer. Son action doit donc être complétée par d'autres produits, ce qui explique qu'on puisse trouver des gels contenant par exemple du chlore, l'un des plus puissants désinfectants connus (l'eau de javel en est un exemple pratique).

L'utilisation de chlore dans un gel désinfectant « nomade » (c'est à dire que l'on peut transporter avec soi) est cependant assez peu fréquente : l'odeur des produits chlorés est assez désagréable et très nettement perceptible par l'entourage lors de l'utilisation. Autrement formulé, ça la fout mal de sortir son gel javellisé de son sac à main...

Les fabricants optent donc souvent pour d'autres produits que les agents chlorés. L'un des plus fréquemment utilisé et connu pour son efficacité est l'eau oxygénée. Le surplus d'oxygène contenu dans ce liquide contribue en effet à ce que les microorganismes soient littéralement brûlés. Mais l'eau oxygénée n'est pas anodine : selon sa concentration, elle peut aussi brûler la peau. Quant à l'alcool, son action desséchante est efficace, mais elle touche aussi la peau. Et peut l'endommager en cas d'usage répétés.
Le dosage des ingrédients est donc une nécessité importante.
Et on conçoit donc qu'il faille en outre prévoir un agent supplémentaire dont le rôle consistera à préserver et entretenir la peau sur laquelle on appliquera le gel. Ce dernier rôle est en général dévolu à un agent ''gras'' (glycérine, huile...).

Pour fabriquer un gel hydroalcoolique, il faut commencer par réaliser une base « gel », à laquelle on ajoutera ensuite les ingrédients nécessaires à son action antiseptique.
L'ordre dans lequel on ajoutera ces ingrédients a une importance certaine, et doit être scrupuleusement respecté, car certains produits peuvent provoquer des réactions chimiques dangereuses s'ils sont mélangés directement entre eux. Par exemple l'eau oxygénée et l'agent gras.

La recette suivante permet de fabriquer environ ½ litre de gel hydroalcoolique.

Vous devez disposer de matériel propre et de récipients adaptés.
Le seul obstacle éventuel est de disposer d'une balance suffisamment précise, c'est à dire qui vous permette de peser AU GRAMME PRES.
Il vous faudra aussi une casserole, une spatule de préférence pas en bois, un fouet, deux grands saladiers et deux verres doseurs.

La fabrication se fait en 4 temps :
1) réalisation de la base ''gel''
2) refroidissement
3) ajout des autres composants
4) période de repos (auto asepsie)

Réalisation de la base ''Gel''.
Pour fabriquer un gel artisanal, on a le choix entre deux produits d'usage courant : la gélatine, ou l'agar-l'agar. Tous deux se trouvent couramment au rayon alimentation. Mais ont des méthodes d'emploi différentes.
L'agar-agar est vendu souvent sous emballage de 5 ou 10 grammes, contenant des mini-doses d'un à deux grammes.
La gélatine, elle, est vendue soit sous forme de poudre (assez rarement), soit sous forme de feuilles (cas le plus courant). Nous considèrerons que vous utilisez des feuilles, mais si vous utilisez de la poudre, vous veillerez à ce que la quantité soit égale à celle indiquée en feuilles.

Pour être gélifiée avec de l'agar-agar, l'eau doit bouillir une à deux minutes.
C'est la solution la plus pratique et la plus rapide.
En revanche, l'eau que l'on veut gélifier avec de la gélatine doit être chaude mais ne doit surtout pas bouillir, sinon la gélification cesse.

Commencez par peser 335 grammes d'eau (1/3 de litre).

- si vous utilisez de l'agar-agar, faites bouillir l'eau, ajoutez 1 gramme d'agar-agar, mélangez pendant une minute en laissant bouillir, puis stoppez la cuisson.
- si vous utilisez de la gélatine, brisez 2 feuilles de gélatine en morceaux et mettez à tremper dans la moitié de l'eau pendant 15 minutes. Puis faites chauffer le reste de l'eau sans aller jusqu'à l'ébullition, ajoutez petit à petit l'eau dans laquelle la gélatine a trempé et les morceaux qui ne se sont pas dissous, et continuez à faire chauffer sans cesser de remuer mais toujours sans aller jusqu'à l'ébullition (la température idéale est d'environ 80° pendant 5 minutes, c'est ce moment où l'on voit de très nombreuses bulles se former dans le récipient, sans qu'elles remontent toutefois immédiatement en surface).

Lorsque la période de chauffe est terminée, répartissez votre eau en cours de gélification dans les deux saladiers, en parties approximativement égales.
Couvrez pour protéger (scellofrais dans l'idéal), et laissez refroidir au moins une heure trente à température ambiante.

Pendant la dernière demi-heure de refroidissement, préparez la suite des ingrédients.



Préparation et réalisation des mélanges

Dans le premier verre doseur, mesurez précisément 200 grammes d'alcool à 90° minimum
(voir plus loin les notes relatives à l'alcool).

Dans le second verre doseur, mesurez précisément :
- soit 28 grammes de glycérine
- soit 35 grammes d'huile d'amandes douces
- soit 38 grammes d'huile d'olive vierge extra , obtenue par première pression à froid
- soit 40 grammes de toute autre huile végétale à la réputation protectrice (argan, coco...)
Ajoutez ensuite 108 gouttes d'huile essentielle, dont au moins la moitié en huile essentielle de lavande (haut pouvoir bactéricide et fongicide + odeur agréable), et l'autre moitié selon votre choix (l'alliance lavande + menthe poivrée + arbre à thé semble la meilleure, et, de l'avis général, la plus plaisante à l'odeur).
Mélangez soigneusement tous ces corps gras avec une petite cuillère.

Lorsque l'eau gélifiée a suffisamment refroidi (et a donc figé), ajoutez petit à petit dans le premier saladier l'alcool tout en remuant au fouet, puis les corps gras, et continuez à mélanger au fouet encore une a deux minutes jusqu'à ce que le liquide soit devenu bien homogène.
Puis lavez et rincez le fouet

Dans le second saladier, tout en remuant au fouet, versez petit à petit 5 grammes d'eau oxygénée à 10 volume (et pas à plus de 10 volumes, donc bannissez celle que vous fournit votre coiffeur qui est souvent à plus de 40 volumes). Quand l'homogénéité est atteinte, il est temps de passer à la phase finale.

Phase finale

Versez tout doucement et par petites doses le contenu du second saladier dans le premier, sans cesser de brasser au fouet. Après 1 à 2 minutes à l'issue du mélange et brassage des contenus, vous disposez d'environ 540 ml de gel hydroalcoolique, dont le pouvoir aseptisant est théoriquement supérieur à 99%.

Mettez en flacons, c'est terminé.
La mise en flacons d'un gel n'est pas très aisée. On peut se faciliter la tâche en utilisant une très grosse seringue ou une poire à lavement.
Il vous faudra toutefois patienter 72 heures avant utilisation. En effet, la fabrication (et la mise en flacons) a entraîné l'inclusion de certains pathogènes invisibles mais présents dans l'air et qui peuvent être plus ou moins résistants. Le délai de 72 heures est donc une sécurité pour obtenir un gel performant et quasiment stérile.

La durée de conservation est très longue, mais après 6 mois de mise en flacon, le potentiel aseptisant du produit diminue assez rapidement, pour n'être plus que de l'ordre de 20% après un an. Pensez alors à mettre une étiquette avec la date de fabrication.

Précisions sur l'alcool à utiliser.

Tout d'abord, il s'agit d'alcool éthylique (éthanol) et non méthylique (méthanol).
Le titre alcoolique doit être de 90 degrés minimum.
On utilisera de préférence de l'alcool pur, c'est à dire non dénaturé.

Le problème est de trouver ce type d'alcool en France, car l'alcool de qualité alimentaire (donc non dénaturé) est interdit à la vente s'il titre plus de 40 degrés. Quant aux pharmaciens, ils sont contingentés et surveillés pour la délivrance d'alcool à 90 ou 95 ° dès lors qu'il n'est pas dénaturé. Ceci pour des raisons de santé publique (alcoolisme...) mais aussi et surtout fiscales... (1 litre d'alcool pur coûte moins de 10 centimes à produire, mais rapporte environ 15 euros à l'état!)

Dans ces conditions, il faut bien évidemment se tourner vers un alcool dénaturé, mais dont l'adjuvant – ce qui le rend imbuvable à cause de l'odeur et du goût – n'est pas repoussant.
Evitez toutefois les alcools parfumés pour réchaud (genre ''parfumé à la pomme''...) qui peuvent contenir des produits irritants pour la peau. Et qui, en plus, contiennent souvent une part d'alcool méthylique au lieu d'être entièrement éthyliques.
L'alcool dénaturé vendu par votre pharmacien fera donc l'affaire faute de mieux.
Nihil Nisi Silentium Timet !